Le premier théâtre rosicrucien en Angleterre

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Le Premier Théâtre Rosicrucien en Angleterre

Idries Shah

version française Tof


Lors d’une de ses longues promenades à vélo, Gardner est tombé par hasard sur un curieux bâtiment à Christchurch. Sur sa façade était gravé ceci :

LE PREMIER THEATRE ROSICRUCIEN EN ANGLETERRE.

Plus tard il devait découvrir ce que cela signifiait. Ce fut cette découverte qui a mené à son adhésion au culte des sorcières.

(...) Pendant la guerre, malgré ses occupations, Gardner a trouvé le temps de continuer à s’intéresser aux personnes et aux choses étranges. Avant la guerre, il s’était énormément renseigné sur le Théâtre Rosicrucien. Les gens de la région ne lui ont pas appris grand chose. « Parmi eux, il y avait un groupe étrange, ceux qui dirigeaient le théâtre », c'était tout ce qu'ils pouvaient lui dire.

Il a réservé des billets pour une de leurs représentations. Il s’agissait de « Pythagore », une pièce parlant du grand homme. La pièce racontait combien ses élèves étaient intelligents et combien ils progressaient. Elle racontait aussi que Pythagore refusait d’enseigner à ceux qui ne le méritaient pas, combien il aimait sa femme et comment il fut reçu par le pharaon. La pièce disait également que ses ennemis le détestaient injustement et l’ont livré aux chiens et l’on finalement brûlé.

Tous les costumes étaient « fait maison » et n’avaient rien de professionnel et la pièce était plutôt mal jouée. Pythagore était joué par une personne aux cheveux courts, épais et noir. Ils n’étaient pas de vrais acteurs et le texte qu’ils avaient à dire n’était pas mieux. Mme Gardner, qui avait déjà une certaine expérience d’actrice, a détesté cette pièce et a dit qu’elle ne retournerait plus jamais dans ce théâtre. Gérald Gardner, lui, est souvent retourné sur place, en partie parce qu’il pensait qu’il pouvait vraiment y avoir un lien avec la société secrète rosicrucienne au sujet de laquelle il voulait en savoir plus. Il a découvert l’histoire du théâtre : lorsque la fameuse Annie Besant est décédée, il y a eu un conflit au sujet de la direction future des Théosophes. Certains voulaient que ce soit sa fille Mme Besant Scott, d'autres l'Évêque Leadbeater. C’est ce dernier qui a gagné.

La candidate malheureuse a rejoint la co-maçonnerie (une franc-maçonnerie féminine) qu'Annie avait installée en Angleterre. Le centre de la co-maçonnerie était Southampton.

Les choses n'ont apparemment pas prospéré et la dame s’est associée avec un homme connu sous le nom d’Aurelius et ils ont commencé « la Camaraderie Rosicrucienne Corona ».

Cet associé était l'acteur principal dans Pythagore.

Ses idées pourraient être très embarrassantes. La première fois qu'il a rencontré Gardner, il lui a demandé : « vous souvenez-vous de l’époque où vous étiez un noble romain et portiez un sari ? ». Il lui a aussi montré une « vraie » baguette de sorcier africain avec un pommeau en forme de diable que Gardner a identifiée comme étant de facture persane ou indienne et n’avait rien d’exceptionnel.

Ce monsieur disait aussi, entre autre, qu'il avait été le sage Pythagore, le magicien Cornelius Agrippa et François Bacon dans des vies antérieures.

Gardner savait que ce dernier disait : « je suis celui qui a écrit les textes de Shakespeare ».

Mais ce n'était pas tout. Le chef de l'Ordre était immortel. Comme les gens se demandaient pourquoi il ne vieillissait pas comme eux, il était obligé de disparaître tous les vingt ou trente ans et revenir ailleurs sous un autre nom.

Dans l'Ashram (le temple), il y avait une grande plaque où figuraient les diverses identités sous lesquelles il avait vécu au cours des siècles. Gardner a choqué tout le monde lorsqu’il a demandé, avec humour, s'il était le Juif errant.

Finalement, on a confié à Gardner un grand secret. Ils avaient une vieille lampe (hollandaise ou italienne) accrochée par des chaînes au plafond. On lui a révélé que c’était le Saint Graal...

Mme Besant Scott était une femme plutôt plaisante, mais elle était parfois imprévisible.

Elle passait une bonne partie de son temps à essayer de se souvenir d’une ancienne incarnation où elle avait été la Reine Elisabeth 1ère. Elle n'avait aucun pouvoir occulte, disait-elle, et sa mère non plus. Mais Aurelius était différent et la Grande Prêtresse aussi.

Cette dame avait découvert, lors d’une rencontre à Liverpool, qu’elle avait été la femme d'Aurelius dans une vie passée. Elle avait un sens aigu des affaires et dirigeait tout. Elle avait été Marie Stuart dans une de ses incarnations.

C'était un lieu agréable, au point de vue géographique, facilement accessible à partir de Bournemouth. Les membres avaient offert le terrain et on y avait construit le théâtre et de multiples bungalows, où les fidèles pourraient vivre. Les rituels étaient semi-maçonniques, Gardner les a rejoint, parce quex « à cette époque, la guerre est arrivée et Donna (Mme Gardner) était infirmière dans la réserve. Personne ne voulait de moi à cause de mon âge. J'étais surveillant, en cas d’attaques d'attaques aériennes, et c'est tout. Je me suis de plus en plus tourné vers mon petit groupe d'amis ».

Gardner a pris part aux activités de la société, certains des membres étaient vraiment plaisants. Il a joué le rôle d’un moine ivre dans « Liveda » (« a devil » un diable écrit à l’envers) quand la pièce a été jouée à Bournemouth. Certaines pièces étaient de Shakespeare mais n’avaient jamais été jouées et étaient inconnues du reste du monde, et c’était bien comme cela pensait bien souvent Gardner. Dans « Liveda », un moine en corrompt d'autres et est responsable de la mort de trois d'entre eux. Leurs cœurs sont jetés sur la scène. Il invoque le diable, mais seuls les fantômes des moines apparaissent. Finalement, il est condamné à mort par l'abbé de leur monastère.

Une partie de l’audience était, semble-t-il, composée de personnes qui avaient semble-t-il trop d'argent pour devoir travailler, mais pas assez d’initiative pour faire autre chose que d’aller voir ces pièces de théâtre.

A l’occasion de Noël 1939, Gardner a fait une blague au maître. Il a donné à une demoiselle un bracelet pour qu’elle le porte. Un parapsychologue a été immédiatement appelé et ce dernier a dit que le bracelet et ce qui y était gravé étaient très ancien, qu’il avait certainement appartenu à un ancien prêtre égyptien. Aurelius a alors affirmé que les caractères étaient du celte ancien. Il a pompeusement clôt la discussion en disant : « c'est du celte ancien et c’est bien plus ancien que quoi que vous puissiez connaître ».

Il a alors été révélé que Gérald Gardner avait fabriqué le bijou et que les signes provenaient de Cornelius Agrippa. Comme Aurelius avait été Agrippa dans une autre vie, Gardner pensait qu'Aurelius aurait dû le savoir. En tout cas, c'est la dernière fois qu'il est allé à l’une de leurs réunions.

Une missive de la Grande Prêtresse avait assuré à ses correspondants qu'il n'y aurait pas de guerre. Et, un jour, il arriva que la guerre soit déclarée. Aurelius avait été plus prudent, des abris aériens avaient été préparés pour lui, même s’il avait affirmé que la paix était là pour longtemps.

Le mouvement s'est effondré quand l'immortel est mort...