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	<title>Wiccapedia - Contributions [fr]</title>
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	<updated>2026-06-14T01:45:11Z</updated>
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		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Hans_Christian_Andersen&amp;diff=3890</id>
		<title>Hans Christian Andersen</title>
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		<updated>2014-11-24T16:25:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : ajout&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Hans Christian Andersen naît à Odense, au sud du Danemark le 2 avril 1905, au sein d&#039;une famille pauvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a onze ans lorsque son père meurt. A quatorze ans, il part seul chercher fortune à Copenhague. Il est tenté par le chant, le théâtre et la danse, et travaille quelques temps pour le directeur du Théâtre royal, qui plus tard financera ses études.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une voyante aurait prédit à la mère d&#039;Andersen qu&#039;un jour toute la ville d&#039;Odense serait illuminée en l&#039;honneur de son fils. Ce qui se produisit en effet, et du vivant même de l&#039;auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa production compte de nombreux poèmes, des oeuvres en prose et des pièces de théâtre, mais son héritage le plus connu et le plus précieux est constitué par ses contes, considérés comme un véritable patrimoine littéraire mondial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En homme de progrès héritier des penseurs du XVIIIème siècle, Andersen plaide à travers ses contes la cause des démunis, face aux puissants qui détiennent le pouvoir et l&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En citoyen du monde, l&#039;écrivain curieux profite du développement des transports de son époque pour voyager et découvrir de nombreux pays. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il meurt à Copenhague le 4 août 1875.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses histoires, traduites dans plus de 80 langues connaissent un succès durable et inspirent toujours nombre d&#039;artistes et de conteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Bibliographie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Contes, Hans Christian Andersen, édition intégrale en 2 volumes, traduit du danois par P.G. La Chesnais,&lt;br /&gt;
illustrations Kamila Stnaclova et Dusan Kallay, Editions Gründ, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Contes choisis, Hans Christian Andersen, traduction de Régis Boyer, Gallimard, Folio junior, 1992, réédition 2010.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=La_Petite_Sir%C3%A8ne&amp;diff=3841</id>
		<title>La Petite Sirène</title>
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		<updated>2014-11-19T11:27:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;LA PETITE SIRÈNE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les feuilles des bluets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inutile d’y jeter l’ancre, et qu’il faudrait y entasser une quantité infinie de tours d’églises les unes sur les autres pour mesurer la distance du fond à la surface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est là que demeure le peuple de la mer. Mais n’allez pas croire que ce fond se compose seulement de sable blanc ; non, il y croît des plantes et des arbres bizarres, et si souples, que le moindre mouvement de l’eau les fait s’agiter comme s’ils étaient vivants. Tous les poissons, grands et petits, vont et viennent entre les branches comme les oiseaux dans l’air. À l’endroit le plus profond se trouve le château du roi de la mer, dont les murs sont de corail, les fenêtres de bel ambre jaune, et le toit de coquillages qui s’ouvrent et se ferment pour recevoir l’eau ou pour la rejeter. Chacun de ces coquillages referme des perles brillantes dont la moindre ferait honneur à la couronne d’une reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années le roi de la mer était veuf, et sa vieille mère dirigeait sa maison. C’était une femme spirituelle, mais si fière de son rang, qu’elle portait douze huîtres à sa queue tandis que les autres grands personnages n’en portaient que six. Elle méritait des éloges pour les soins qu’elle prodiguait à ses six petites filles, toutes princesses charmantes. Cependant la plus jeune était plus belle encore que les autres ; elle avait la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus comme un lac profond ; mais elle n’avait pas de pieds : ainsi que ses sœurs, son corps se terminait par une queue de poisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la journée, les enfants jouaient dans les grandes salles du château, où des fleurs vivantes poussaient sur les murs. Lorsqu’on ouvrait les fenêtres d’ambre jaune, les poissons y entraient comme chez nous les hirondelles, et ils mangeaient dans la main des petites sirènes qui les caressaient. Devant le château était un grand jardin avec des arbres d’un bleu sombre ou d’un rouge de feu. Les fruits brillaient comme de l’or, et les fleurs, agitant sans cesse leur tige et leurs feuilles, ressemblaient à de petites flammes. Le sol se composait de sable blanc et fin, et une lueur bleue merveilleuse, qui se répandait partout, aurait fait croire qu’on était dans l’air, au milieu de l’azur du ciel, plutôt que sous la mer. Les jours de calme, on pouvait apercevoir le soleil, semblable à une petite fleur de pourpre versant la lumière de son calice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacune des princesses avait dans le jardin son petit terrain, qu’elle pouvait cultiver selon son bon plaisir. L’une lui donnait la forme d’une baleine, l’autre celle d’une sirène ; mais la plus jeune fit le sien rond comme le soleil, et n’y planta que des fleurs rouges comme lui. C’était une enfant bizarre, silencieuse et réfléchie. Lorsque ses sœurs jouaient avec différents objets provenant des bâtiments naufragés, elle s’amusait à parer une jolie statuette de marbre blanc, représentant un charmant petit garçon, placée sous un saule pleureur magnifique, couleur de rose, qui la couvrait d’une ombre violette. Son plus grand plaisir consistait à écouter des récits sur le monde où vivent les hommes. Toujours elle priait sa vieille grand’mère de lui parler des vaisseaux, des villes, des hommes et des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s’étonnait surtout que sur la terre les fleurs exhalassent un parfum qu’elles n’ont pas sous les eaux de la mer, et que les forêts y fussent vertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne pouvait pas s’imaginer comment les poissons chantaient et sautillaient sur les arbres. La grand’mère appelait les petits oiseaux des poissons ; sans quoi elle ne se serait pas fait comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Lorsque vous aurez quinze ans, dit la grand’mère, je vous donnerai la permission de monter à la surface de la mer et de vous asseoir au clair de la lune sur des rochers, pour voir passer les grands vaisseaux et faire connaissance avec les forêts et les villes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année suivante, l’aînée des sœurs allait atteindre sa quinzième année, et comme il n’y avait qu’une année de différence entre chaque sœur, la plus jeune devait encore attendre cinq ans pour sortir du fond de la mer. Mais l’une promettait toujours à l’autre de lui faire le récit des merveilles qu’elle aurait vues à sa première sortie ; car leur grand’mère ne parlait jamais assez, et il y avait tant de choses qu’elles brûlaient de savoir !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus curieuse, c’était certes la plus jeune ; souvent, la nuit, elle se tenait auprès de la fenêtre ouverte, cherchant à percer de ses regards l’épaisseur de l’eau bleue que les poissons battaient de leurs nageoires et de leur queue. Elle aperçut en effet la lune et les étoiles, mais elles lui paraissaient toutes pâles et considérablement grossies par l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque quelque nuage noir les voilait, elle savait que c’était une baleine ou un navire chargé d’hommes qui nageait au-dessus d’elle. Certes, ces hommes ne pensaient pas qu’une charmante petite sirène étendait au-dessous d’eux ses mains blanches vers la carène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour vint où la princesse aînée atteignit sa quinzième année, et elle monta à la surface de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À son retour, elle avait mille choses à raconter. « Oh ! disait-elle, c’est délicieux de voir, étendue au clair de la lune sur un banc de sable, au milieu de la mer calme, les rivages de la grande ville où les lumières brillent comme des centaines d’étoiles ; d’entendre la musique harmonieuse, le son des cloches des églises, et tout ce bruit d’hommes et de voitures ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oh ! comme sa petite sœur l’écoutait attentivement ! Tous les soirs, debout à la fenêtre ouverte, regardant à travers l’énorme masse d’eau, elle rêvait à la grande ville, à son bruit et à ses lumières, et croyait entendre sonner les cloches tout près d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année suivante, la seconde des sœurs reçut la permission de monter. Elle sortit sa tête de l’eau au moment où le soleil touchait à l’horizon, et la magnificence de ce spectacle la ravit au dernier point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout le ciel, disait-elle à son retour, ressemblait à de l’or, et la beauté des nuages était au-dessus de tout ce qu’on peut imaginer. Ils passaient devant moi, rouges et violets, et au milieu d’eux volait vers le soleil, comme un long voile blanc, une bande de cygnes sauvages. Moi aussi j’ai voulu nager vers le grand astre rouge ; mais tout à coup il a disparu, et la lueur rose qui teignait la surface de la mer ainsi que les nuages s’évanouit bientôt. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis vint le tour de la troisième sœur. C’était la plus hardie, aussi elle remonta le cours d’un large fleuve. Elle vit d’admirables collines plantées de vignes, de châteaux et de fermes situés au milieu de forêts superbes. Elle entendit le chant des oiseaux, et la chaleur du soleil la força à se plonger plusieurs fois dans l’eau pour rafraîchir sa figure. Dans une baie, elle rencontra une foule de petits êtres humains qui jouaient en se baignant. Elle voulut jouer avec eux, mais ils se sauvèrent tout effrayés, et un animal noir — c’était un chien — se mit à aboyer si terriblement qu’elle fut prise de peur et regagna promptement la pleine mer. Mais jamais elle ne put oublier les superbes forêts, les collines vertes et les gentils enfants qui savaient nager, quoiqu’ils n’eussent point de queue de poisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième sœur, qui était moins hardie, aima mieux rester au milieu de la mer sauvage, où la vue s’étendait à plusieurs lieues, et où le ciel s’arrondissait au-dessus de l’eau comme une grande cloche de verre. Elle apercevait de loin les navires, pas plus grands que des mouettes ; les dauphins joyeux faisaient des culbutes, et les baleines colossales lançaient des jets d’eau de leurs narines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tour de la cinquième arriva ; son jour tomba précisément en hiver : aussi vit-elle ce que les autres n’avaient pas encore pu voir. La mer avait une teinte verdâtre, et partout nageaient, avec des formes bizarres, et brillantes comme des diamants, des montagnes de glace. « Chacune d’elles, disait la voyageuse, ressemble à une perle plus grosse que les tours d’église que bâtissent les hommes. » Elle s’était assise sur une des plus grandes, et tous les navigateurs se sauvaient de cet endroit où elle abandonnait sa longue chevelure au gré des vents. Le soir, un orage couvrit le ciel de nuées ; les éclairs brillèrent, le tonnerre gronda, tandis que la mer, noire et agitée, élevant les grands monceaux de glace, les faisait briller de l’éclat rouge des éclairs. Toutes les voiles furent serrées, la terreur se répandit partout ; mais elle, tranquillement assise sur sa montagne de glace, vit la foudre tomber en zigzag sur l’eau luisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première fois qu’une des sœurs sortait de l’eau, elle était toujours enchantée de toutes les nouvelles choses qu’elle apercevait ; mais, une fois grandie, lorsqu’elle pouvait monter à loisir, le charme disparaissait, et elle disait au bout d’un mois qu’en bas tout était bien plus gentil, et que rien ne valait son chez-soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent, le soir, les cinq sœurs, se tenant par le bras, montaient ainsi à la surface de l’eau. Elles avaient des voix enchanteresses comme nulle créature humaine, et, si par hasard quelque orage leur faisait croire qu’un navire allait sombrer, elles nageaient devant lui et entonnaient des chants magnifiques sur la beauté du fond de la mer, invitant les marins à leur rendre visite. Mais ceux-ci ne pouvaient comprendre les paroles des sirènes, et ils ne virent jamais les magnificences qu’elles célébraient ; car, aussitôt le navire englouti, les hommes se noyaient, et leurs cadavres seuls arrivaient au château du roi de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant l’absence de ses cinq sœurs, la plus jeune, restée seule auprès de la fenêtre, les suivait du regard et avait envie de pleurer. Mais une sirène n’a point de larmes, et son cœur en souffre davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! si j’avais quinze ans ! disait-elle, je sens déjà combien j’aimerais le monde d’en haut et les hommes qui l’habitent. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour vint où elle eut quinze ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tu vas partir, lui dit sa grand’mère, la vieille reine douairière : viens que je fasse ta toilette comme à tes sœurs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle posa sur ses cheveux une couronne de lis blancs dont chaque feuille était la moitié d’une perle ; puis elle fit attacher à la queue de la princesse huit grandes huîtres pour désigner, son rang élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme elles me font mal ! dit la petite sirène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si l’on veut être bien habillée, il faut souffrir un peu, » répliqua la vieille reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la jeune fille aurait volontiers rejeté tout ce luxe et la lourde couronne qui pesait sur sa tête. Les fleurs rouges de son jardin lui allaient beaucoup mieux ; mais elle n’osa pas faire d’observations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Adieu ! » dit-elle ; et, légère comme une bulle de savon, elle traversa l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque sa tête apparut à la surface de la mer, le soleil venait de se coucher ; mais les nuages brillaient encore comme des roses et de l’or, et l’étoile du soir étincelait au milieu du ciel. L’air était doux et frais, la mer paisible. Près de la petite sirène se trouvait un navire à trois mâts ; il n’avait qu’une voile dehors, à cause du calme, et les matelots étaient assis sur les vergues et sur les cordages. La musique et les chants y résonnaient sans cesse, et à l’approche de la nuit on alluma cent lanternes de diverses couleurs suspendues aux cordages : on aurait cru voir les pavillons de toutes les nations. La petite sirène nagea jusqu’à la fenêtre de la grande chambre, et, chaque fois que l’eau la soulevait, elle apercevait à travers les vitres transparentes une quantité d’hommes magnifiquement habillés. Le plus beau d’entre eux était un jeune prince aux grands cheveux noirs, âgé d’environ seize ans, et c’était pour célébrer sa fête que tous ces préparatifs avaient lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les matelots dansaient sur le pont, et lorsque le jeune prince s’y montra, cent fusées s’élevèrent dans les airs, répandant une lumière comme celle du jour. La petite sirène eut peur et s’enfonça dans l’eau ; mais bientôt elle reparut, et alors toutes les étoiles du ciel semblèrent pleuvoir sur elle. Jamais elle n’avait vu un pareil feu d’artifice ; de grands soleils tournaient, des poissons de feu fendaient l’air, et toute la mer, pure et calme, brillait. Sur le navire on pouvait voir chaque petit cordage, et encore mieux les hommes. Oh ! que le jeune prince était beau ! Il serrait la main à tout le monde, parlait et souriait à chacun tandis que la musique envoyait dans la nuit ses sons harmonieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était tard, mais la petite sirène ne put se lasser d’admirer le vaisseau et le beau prince. Les lanternes ne brillaient plus et les coups de canon avaient cessé ; toutes les voiles furent successivement déployées et le vaisseau s’avança rapidement sur l’eau. La princesse le suivit, sans détourner un instant ses regards de la fenêtre. Mais bientôt la mer commença à s’agiter ; les vagues grossissaient, et de grands nuages noirs s’amoncelaient dans le ciel. Dans le lointain brillaient les éclairs, un orage terrible se préparait. Le vaisseau se balançait sur la mer impétueuse, dans une marche rapide. Les vagues, se dressant comme de hautes montagnes, tantôt le faisaient rouler entre elles comme un cygne, tantôt l’élevaient sur leur cime. La petite sirène se plut d’abord à ce voyage accidenté ; mais, lorsque le vaisseau, subissant de violentes secousses, commença à craquer, lorsque tout à coup le mât se brisa comme un jonc, et que le vaisseau se pencha d’un côté tandis que l’eau pénétrait dans la cale, alors elle comprit le danger, et elle dut prendre garde elle-même aux poutres et aux débris qui se détachaient du bâtiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par moments il se faisait une telle obscurité, qu’elle ne distinguait absolument rien ; d’autres fois, les éclairs lui rendaient visibles les moindres détails de cette scène. L’agitation était à son comble sur le navire ; encore une secousse ! il se fendit tout à fait, et elle vit le jeune prince s’ engloutir dans la mer profonde. Transportée de joie, elle crut qu’il allait descendre dans sa demeure ; mais elle se rappela que les hommes ne peuvent vivre dans l’eau, et que par conséquent il arriverait mort au château de son père. Alors, pour le sauver, elle traversa à la nage les poutres et les planches éparses sur la mer, au risque de se faire écraser, plongea profondément sous l’eau à plusieurs reprises, et ainsi elle arriva jusqu’au jeune prince, au moment où ses forces commençaient à l’abandonner et où il fermait déjà les yeux, près de mourir. La petite sirène le saisit, soutint sa tête au-dessus de l’eau, puis s’abandonna avec lui au caprice des vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, le beau temps était revenu, mais il ne restait plus rien du vaisseau. Un soleil rouge, aux rayons pénétrants, semblait rappeler la vie sur les joues du prince ; mais ses yeux restaient toujours fermés. La sirène déposa un baiser sur son front et releva ses cheveux mouillés. Elle lui trouva une ressemblance avec la statue de marbre de son petit jardin, et fit des vœux pour son salut. Elle passa devant la terre ferme, couverte de hautes montagnes bleues à la cime desquelles brillait la neige blanche. Au pied de la côte, au milieu d’une superbe forêt verte, s’étendait un village avec une église ou un couvent. En dehors des portes s’élevaient de grands palmiers, et dans les jardins croissaient des orangers et des citronniers ; non loin de cet endroit, la mer formait un petit golfe, s’allongeant jusqu’à&lt;br /&gt;
un rocher couvert d’un sable fin et blanc. C’est là que la sirène déposa le prince, ayant soin de lui tenir la tête haute et de la présenter aux rayons du soleil. &lt;br /&gt;
Bientôt les cloches de l’église commencèrent à sonner, et une quantité de jeunes filles apparurent dans un des jardins. La petite sirène s’éloigna en nageant, et se cacha derrière quelques grosses pierres pour observer ce qui arriverait au pauvre prince.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques moments après, une des jeunes filles vint à passer devant lui ; d’abord, elle parut s’effrayer, mais, se remettant aussitôt, elle courut chercher d’autres personnes qui prodiguèrent au prince toute espèce de soins. La sirène le vit reprendre ses sens et sourire à tous ceux qui l’entouraient ; à elle seule il ne sourit pas, ignorant qui l’avait sauvé. Aussi, lorsqu’elle le vit conduire dans une grande maison, elle plongea tristement et retourna au château de son père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle avait toujours été silencieuse et réfléchie ; à partir de ce jour, elle le devint encore davantage. Ses sœurs la questionnèrent sur ce qu’elle avait vu là-haut, mais elle ne raconta rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus d’une fois, le soir et le matin, elle retourna à l’endroit où elle avait laissé le prince. Elle vit mûrir les fruits du jardin, elle vit fondre la neige sur les hautes montagnes, mais elle ne vit pas le prince ; et elle retournait toujours plus triste au fond de la mer. Là, sa seule consolation était de s’asseoir dans son petit jardin et d’entourer de ses bras la jolie statuette de marbre qui ressemblait au prince, tandis que ses fleurs négligées, oubliées, s’allongeaient dans les allées comme dans un lieu sauvage, entrelaçaient leurs longues tiges dans les branches des arbres, et formaient ainsi des voûtes épaisses qui obstruaient la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin cette existence lui devint insupportable ; elle confia tout à une de ses sœurs, qui le raconta aussitôt aux autres, mais à elles seules et à quelques autres sirènes qui ne le répétèrent qu’à leurs amies intimes. Il se trouva qu’une de ces dernières, ayant vu aussi la fête célébrée sur le vaisseau, connaissait le prince et savait l’endroit où était situé son royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Viens, petite sœur, » dirent les autres princesses ; et, s’entrelaçant les bras sur les épaules, elles s’élevèrent en file sur la mer devant le château du prince.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce château était construit de pierres jaunes et luisantes ; de grands escaliers de marbre conduisaient à l’intérieur et au jardin ; plusieurs dômes dorés brillaient sur le toit, et entre les colonnes des galeries se trouvaient des statues de marbre qui paraissaient vivantes. Les salles, magnifiques, étaient ornées de rideaux et de tapis incomparables, et les murs couverts de grandes peintures. Dans le grand salon, le soleil réchauffait, à travers un plafond de cristal, les plantes les plus rares, qui poussaient dans un grand bassin au-dessous de plusieurs jets d’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès lors, la petite sirène revint souvent à cet endroit, la nuit comme le jour ; elle s’approchait de la côte, et osait même s’asseoir sous le grand balcon de marbre qui projetait son ombre bien avant sur les eaux. De là, elle voyait au clair de la lune le jeune prince, qui se croyait seul ; souvent, au son de la musique, il passa devant elle dans un riche bateau pavoisé, et ceux qui apercevaient son voile blanc dans les roseaux verts la prenaient pour un cygne ouvrant ses ailes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait aussi les pêcheurs dire beaucoup de bien du jeune prince, et alors elle se réjouissait de lui avoir sauvé la vie, quoiqu’il l’ignorât complètement. Son affection pour les hommes croissait de jour en jour, de jour en jour aussi elle désirait davantage s’élever jusqu’à eux. Leur monde lui semblait bien plus vaste que le sien ; ils savaient franchir la mer avec des navires, grimper sur les hautes montagnes au delà des nues ; ils jouissaient d’immenses forêts et de champs verdoyants. Ses sœurs ne pouvant satisfaire toute sa curiosité, elle questionna sa vieille grand’mère, qui connaissait bien le monde plus élevé, celui qu’elle appelait à juste titre les pays au-dessus de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si les hommes ne se noient pas, demanda la jeune princesse, est-ce qu’ils vivent éternellement ? Ne meurent-ils pas comme nous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Sans doute, répondit la vieille, ils meurent, et leur existence est même plus courte que la nôtre. Nous autres, nous vivons quelquefois trois cents ans ; puis, cessant d’exister, nous nous transformons en écume, car au fond de la mer ne se trouvent point de tombes pour recevoir les corps inanimés. Notre âme n’est pas immortelle ; avec la mort tout est fini. Nous sommes comme les roseaux verts : une fois coupés, ils ne verdissent plus jamais ! Les hommes, au contraire, possèdent une âme qui vit éternellement, qui vit après que leur corps s’est changé en poussière ; cette âme monte à travers la subtilité de l’air jusqu’aux étoiles qui brillent, et, de même que nous nous élevons du fond des eaux pour voir le pays des hommes, ainsi eux s’élèvent à de délicieux endroits, immenses, inaccessibles aux peuples de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais pourquoi n’avons-nous pas aussi une âme immortelle ? dit la petite sirène affligée ; je donnerais volontiers les centaines d’années qui me restent à vivre pour être homme, ne fût-ce qu’un jour, et participer ensuite au monde céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne pense pas à de pareilles sottises, répliqua la vieille ; nous sommes bien plus heureux ici en bas que les hommes là-haut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut donc un jour que je meure ; je ne serai plus qu’un peu d’écume ; pour moi plus de murmure des vagues, plus de fleurs, plus de soleil ! N’est-il donc aucun moyen pour moi d’acquérir une âme immortelle ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un seul, mais à peu près impossible. Il faudrait qu’un homme conçût pour toi un amour infini, que tu lui devinsses plus chère que son père et sa mère. Alors, attaché à toi de toute son âme et de tout son cœur, s’il faisait unir par un prêtre sa main droite à la tienne en promettant une fidélité éternelle, son âme se communiquerait à ton corps, et tu serais admise au bonheur des hommes. Mais jamais une telle chose ne pourra se faire ! Ce qui passe ici dans la mer pour la plus grande beauté, ta queue de poisson, ils la trouvent détestable sur la terre. Pauvres hommes ! Pour être beaux, ils s’imaginent qu’il leur faut deux supports grossiers, qu’ils appellent jambes ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La petite sirène soupira tristement en regardant sa queue de poisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Soyons gaies ! dit la vieille, sautons et amusons-nous le plus possible pendant les trois cents années de notre existence ; c’est, ma foi, un laps de temps assez gentil, nous nous reposerons d’autant mieux après. Ce soir il y a bal à la cour. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut se faire une idée sur la terre d’une pareille magnificence. La grande salle de danse tout entière n’était que de cristal ; des milliers de coquillages énormes, rangés de chaque côté, éclairaient la salle d’une lumière bleuâtre, qui, à travers les murs transparents, illuminait aussi la mer au dehors. On y voyait nager d’innombrables poissons, grands et petits, couverts d’écailles luisantes comme de la pourpre, de l’or et de l’argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu de la salle coulait une large rivière sur laquelle dansaient les dauphins et les sirènes, au son de leur propre voix, qui était superbe. La petite sirène fut celle qui chanta le mieux, et on l’applaudit si fort, que pendant un instant la satisfaction lui fit oublier les merveilles de la terre. Mais bientôt elle reprit ses anciens chagrins, pensant au beau prince et à son âme immortelle. Elle quitta le chant et les rires, sortit tout doucement du château, et s’assit dans son petit jardin. Là, elle entendit le son des cors qui pénétrait l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le voilà qui passe, celui que j’aime de tout mon cœur et de toute mon âme, celui qui occupe toutes mes pensées, à qui je voudrais confier le bonheur de ma vie ! Je risquerais tout pour lui et pour gagner une âme immortelle. Pendant que mes sœurs dansent dans le château de mon père, je vais aller trouver la sorcière de la mer, que j’ai tant eue en horreur jusqu’à ce jour. Elle pourra peut-être me donner des conseils et me venir en aide. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et la petite sirène, sortant de son jardin, se dirigea vers les tourbillons mugissants derrière lesquels demeurait la sorcière. Jamais elle n’avait suivi ce chemin. Pas une fleur ni un brin d’herbe n’y poussait. Le fond, de sable gris et nu, s’étendait jusqu’à l’endroit où l’eau, comme des meules de moulin, tournait rapidement sur elle-même, engloutissant tout ce qu’elle pouvait attraper. La princesse se vit obligée de traverser ces terribles tourbillons pour arriver aux domaines de la sorcière, dont la maison s’élevait au milieu d’une forêt étrange. Tous les arbres et tous les buissons n’étaient que des polypes, moitié animaux, moitié plantes, pareils à des serpents à cent têtes sortant de terre. Les branches étaient des bras longs et gluants, terminés par des doigts en forme de vers, et qui remuaient continuellement. Ces bras s’enlaçaient sur tout ce qu’ils pouvaient saisir, et ne le lâchaient plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La petite sirène, prise de frayeur, aurait voulu s’en retourner ; mais en pensant au prince et à l’âme de l’homme, elle s’arma de tout son courage. Elle attacha autour de sa tête sa longue chevelure flottante, pour que les polypes ne pussent la saisir, croisa ses bras sur sa poitrine, et nagea ainsi, rapide comme un poisson, parmi ces vilaines créatures dont chacune serrait comme avec des liens de fer quelque chose entre ses bras, soit des squelettes blancs de naufragés, soit des rames, soit des caisses ou des carcasses d’animaux. Pour comble d’effroi, la princesse en vit une qui enlaçait une petite sirène étouffée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin elle arriva à une grande place dans la forêt, où de gros serpents de mer se roulaient en montrant leur hideux ventre jaunâtre. Au milieu de cette place se trouvait la maison de la sorcière, construite avec les os des naufragés, et où la sorcière, assise sur une grosse pierre, donnait à manger à un crapaud dans sa main, comme les hommes font manger du sucre aux petits canaris. Elle appelait les affreux serpents ses petits poulets, et se plaisait à les faire rouler sur sa grosse poitrine spongieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je sais ce que tu veux, s’écria-t-elle en apercevant la princesse ; tes désirs sont stupides ; néanmoins je m’y prêterai, car je sais qu’ils te porteront malheur. Tu veux te débarrasser de ta queue de poisson, et la remplacer par deux de ces pièces avec lesquelles marchent les hommes, afin que le prince s’amourache de toi, t’épouse et te donne une âme immortelle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À ces mots elle éclata d’un rire épouvantable, qui fit tomber à terre le crapaud et les serpents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Enfin tu as bien fait de venir ; demain, au lever du soleil, c’eût été trop tard, et il t’aurait, fallu attendre encore une année. Je vais te préparer un élixir que tu emporteras à terre avant le point du jour. Assieds-toi sur la côte, et bois-le. &lt;br /&gt;
Aussitôt ta queue se rétrécira et se partagera en ce que les hommes appellent deux belles jambes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais je te préviens que cela te fera souffrir comme si l’on te coupait avec une épée tranchante. Tout le monde admirera ta beauté, tu conserveras ta marche légère et gracieuse, mais chacun de tes pas te causera autant de douleur que si tu marchais sur des pointes d’épingle, et fera couler ton sang. Si tu veux endurer toutes ces souffrances, je consens à t’aider.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je les supporterai ! dit la sirène d’une voix tremblante, en pensant au prince et à l’âme immortelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais souviens-toi, continua la sorcière, qu’une fois changée en être humain, jamais tu ne pourras redevenir sirène ! Jamais tu ne reverras le château de ton père ; et si le prince, oubliant son père et sa mère, ne s’attache pas à toi de tout son cœur et de toute son âme, ou s’il ne veut pas faire bénir votre union par un prêtre, tu n’auras jamais une âme immortelle. Le jour où il épousera une autre femme, ton cœur se brisera, et tu ne seras plus qu’un peu d’écume sur la cime des vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’y consens, dit la princesse, pâle comme la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— En ce cas, poursuivit la sorcière, il faut aussi que tu me payes ; et je ne demande pas peu de chose. Ta voix est la plus belle parmi celles du fond de la mer, tu penses avec elle enchanter le prince, mais c’est précisément ta voix que j’exige en payement. Je veux ce que tu as de plus beau en échange de mon précieux élixir ; car, pour le rendre bien efficace, je dois y verser mon propre sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais si tu prends ma voix, demanda la petite sirène, que me restera-t-il ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ta charmante figure, répondit la sorcière, ta marche légère et gracieuse, et tes yeux expressifs : cela suffit pour entortiller le cœur d’un homme. Allons ! du courage ! Tire ta langue, que je la coupe, puis je te donnerai l’élixir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soit ! » répondit la princesse, et la sorcière lui coupa la langue. La pauvre enfant resta muette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là-dessus, la sorcière mit son chaudron sur le feu pour faire bouillir la boisson magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La propreté est une bonne chose, » dit-elle en prenant un paquet de vipères pour nettoyer le chaudron. Puis, se faisant une entaille dans la poitrine, elle laissa couler son sang noir dans le chaudron.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une vapeur épaisse en sortit, formant des figures bizarres, affreuses. À chaque instant, la vieille ajoutait un nouvel ingrédient, et, lorsque le mélange bouillit à gros bouillons, il rendit un son pareil aux gémissements du crocodile. L’élixir, une fois préparé, ressemblait à de l’eau claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le voici, dit la sorcière, après l’avoir versé dans une fiole. Si les polypes voulaient te saisir, quand tu t’en retourneras par ma forêt, tu n’as qu’à leur jeter une goutte de cette boisson, et ils éclateront en mille morceaux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce conseil était inutile ; car les polypes, en apercevant l’élixir qui luisait dans la main de la princesse comme une étoile, reculèrent effrayés devant elle. Ainsi elle traversa la forêt et les tourbillons mugissants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand elle arriva au château de son père, les lumières de la grande salle de danse étaient éteintes ; tout le monde dormait sans doute, mais elle n’osa pas entrer. Elle ne pouvait plus leur parler, et bientôt elle allait les quitter pour jamais. Il lui semblait que son cœur se brisait de chagrin. Elle se glissa ensuite dans le jardin, cueillit une fleur de chaque parterre de ses sœurs, envoya du bout des doigts mille baisers au château, et monta à la surface de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil ne s’était pas encore levé lorsqu’elle vit le château du prince. Elle s’assit sur la côte et but l’élixir ; ce fut comme si une épée affilée lui traversait le corps ; elle s’évanouit et resta comme morte. Le soleil brillait déjà sur la mer lorsqu’elle se réveilla, éprouvant une douleur cuisante. Mais en face d’elle était le beau prince, qui attachait sur elle ses yeux noirs. La petite sirène baissa les siens, et alors elle vit que sa queue de poisson avait disparu, et que deux jambes blanches et gracieuses la remplaçaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prince lui demanda qui elle était et d’où elle venait ; elle le regarda d’un air doux et affligé, sans pouvoir dire un mot. Puis le jeune homme la prit par la main et la conduisit au château. Chaque pas, comme avait dit la sorcière, lui causait des douleurs atroces ; cependant, au bras du prince, elle monta l’escalier de marbre, légère comme une bulle de savon, et tout le monde admira sa marche gracieuse. On la revêtit de soie et de mousseline, sans pouvoir assez admirer sa beauté ; mais elle restait toujours muette. Des esclaves, habillées de soie et d’or, chantaient devant le prince les exploits de ses ancêtres ; elles chantaient bien, et le prince les applaudissait en souriant à la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« S’il savait, pensa-t-elle, que pour lui j’ai sacrifié une voix plus belle encore ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le chant, les esclaves exécutèrent une danse gracieuse au son d’une musique charmante. Mais lorsque la petite sirène se mit à danser, élevant ses bras blancs et se tenant sur la pointe des pieds, sans toucher presque le plancher, tandis que ses yeux parlaient au cœur mieux que le chant des esclaves, tous furent ravis en extase ; le prince s’écria qu’elle ne le quitterait jamais, et lui permit de dormir à sa porte sur un coussin de velours. Tout le monde ignorait les souffrances qu’elle avait endurées en dansant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, le prince lui donna un costume d’amazone pour qu’elle le suivît à cheval. Ils traversèrent ainsi les forêts parfumées et gravirent les hautes montagnes ; la princesse, tout en riant, sentait saigner ses pieds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit, lorsque les autres dormaient, elle descendit secrètement l’escalier de marbre et se rendit à la côte pour rafraîchir ses pieds brûlants dans l’eau froide de la mer, et le souvenir de sa patrie revint à son esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nuit, elle aperçut ses sœurs se tenant par la main ; elles chantaient si tristement en nageant, que la petite sirène ne put s’empêcher de leur faire signe. L’ayant reconnue, elles lui racontèrent combien elle leur avait causé de chagrin. Toutes les nuits elles revinrent, et une fois elles amenèrent aussi la vieille grand’mère, qui depuis nombre d’années n’avait pas mis la tête hors de l’eau, et le roi de la mer avec sa couronne de corail. Tous les deux étendirent leurs mains vers leur fille ; mais ils n’osèrent pas, comme ses sœurs, s’approcher de la côte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les jours le prince l’aimait de plus en plus, mais il l’aimait comme on aime une enfant bonne et gentille, sans avoir l’idée d’en faire sa femme. Cependant, pour qu’elle eût une âme immortelle et qu’elle ne devînt pas un jour un peu d’écume, il fallait que le prince épousât la sirène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ne m’aimes-tu pas mieux que toutes les autres ? voilà ce que semblaient dire les yeux de la pauvre petite lorsque, la prenant dans ses bras, il déposait un baiser sur son beau front.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certainement, répondit le prince, car tu as meilleur cœur que toutes les autres ; tu m’es plus dévouée, et tu ressembles à une jeune fille que j’ai vue un jour, mais que sans doute je ne reverrai jamais. Me trouvant sur un navire, qui fit naufrage, je fus poussé à terre par les vagues, près d’un couvent habité par plusieurs jeunes filles. La plus jeune d’entre elles me trouva sur la côte et me sauva la vie, mais je ne la vis que deux fois. Jamais, dans le monde, je ne pourrai aimer une autre qu’elle ; eh bien ! tu lui ressembles, quelquefois même tu remplaces son image dans mon âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Hélas ! pensa la petite sirène, il ignore que c’est moi qui l’ai porté à travers les flots jusqu’au couvent pour le sauver. Il en aime une autre ! Cependant cette jeune fille est enfermée dans un couvent, elle ne sort jamais ; peut-être l’oubliera-t-il pour moi, pour moi qui l’aimerai et lui serai dévouée toute ma vie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le prince va épouser la charmante fille du roi voisin, dit on un jour ; il équipe un superbe navire sous prétexte de rendre seulement visite au roi, mais la vérité est qu’il va épouser sa fille. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela fit sourire la sirène, qui savait mieux que personne les pensées du prince, car il lui avait dit : « Puisque mes parents l’exigent, j’irai voir la belle princesse, mais jamais ils ne me forceront à la ramener pour en faire ma femme. Je ne puis l’aimer ; elle ne ressemble pas, comme toi, à la jeune fille du couvent, et je préférerais t’épouser, toi, pauvre enfant trouvée, aux yeux si expressifs, malgré ton éternel silence. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prince partit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En parlant ainsi, il avait déposé un baiser sur sa longue chevelure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J’espère que tu ne crains pas la mer, mon enfant, » lui dit-il sur le navire qui les emportait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il lui parla des tempêtes et de la mer en fureur, des étranges poissons et de tout ce que les plongeurs trouvent au fond des eaux. Ces discours la faisaient sourire, car elle connaissait le fond de la mer mieux que personne assurément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au clair de la lune, lorsque les autres dormaient, assise sur le bord du vaisseau, elle plongeait ses regards dans la transparence de l’eau, et croyait apercevoir le château de son père, et sa vieille grand’mère les yeux fixés sur la carène. Une nuit, ses sœurs lui apparurent ; elles la regardaient tristement et se tordaient les mains. La petite les appela par des signes, et s’efforça de leur faire entendre que tout allait bien ; mais au même instant le mousse s’approcha, et elles disparurent en laissant croire au petit marin qu’il n’avait vu que l’écume de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, le navire entra dans le port de la ville où résidait le roi voisin. Toutes les cloches sonnèrent, la musique retentit du haut des tours, et les soldats se rangèrent sous leurs drapeaux flottants. Tous les jours ce n’étaient que fêtes, bals, soirées ; mais la princesse n’était pas encore arrivée du couvent, où elle avait reçu une brillante éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La petite sirène était bien curieuse de voir sa beauté : elle eut enfin cette satisfaction. Elle dut reconnaître que jamais elle n’avait vu une si belle figure, une peau si blanche et de grands yeux noirs si séduisants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est toi ! s’écria le prince en l’apercevant, c’est toi qui m’as sauvé la vie sur la côte ! » Et il serra dans ses bras sa fiancée rougissante, « C’est trop de bonheur ! continua-t-il en se tournant vers la petite sirène. Mes vœux les plus ardents sont accomplis ! Tu partageras ma félicité, car tu m’aimes mieux que tous les autres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’enfant de la mer baisa la main du prince, bien qu’elle se sentît le cœur brisé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la noce de celui qu’elle aimait, elle devait mourir et se changer en écume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La joie régnait partout ; des hérauts annoncèrent les fiançailles dans toutes les rues au son des trompettes. Dans la grande église, une huile parfumée brûlait dans des lampes d’argent, les prêtres agitaient les encensoirs ; les deux fiancés se donnèrent la main et reçurent la bénédiction de l’évêque. Habillée de soie et d’or, la petite sirène assistait à la cérémonie ; mais elle ne pensait qu’à sa mort prochaine et à tout ce qu’elle avait perdu dans ce monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même soir, les deux jeunes époux s’embarquèrent au bruit des salves d’artillerie. Tous les pavillons flottaient, au milieu du vaisseau se dressait une tente royale d’or et de pourpre, où l’on avait préparé un magnifique lit de repos. Les voiles s’enflèrent, et le vaisseau glissa légèrement sur la mer limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’approche de la nuit, on alluma des lampes de diverses couleurs, et les marins se mirent à danser joyeusement sur le pont. La petite sirène se rappela alors la soirée où, pour la première fois, elle avait vu le monde des hommes. Elle se mêla à la danse, légère comme une hirondelle, et elle se fit admirer comme un être surhumain. Mais il est impossible d’exprimer ce qui se passait dans son cœur ; au milieu de la danse elle pensait à celui pour qui elle avait quitté sa famille et sa patrie, sacrifié sa voix merveilleuse et subi des tourments inouïs. Cette nuit était la dernière où elle respirait le même air que lui, où elle pouvait regarder la mer profonde et le ciel étoilé. Une nuit éternelle, une nuit sans rêve l’attendait, puisqu’elle n’avait pas une âme immortelle. Jusqu’à minuit la joie et la gaieté régnèrent autour d’elle ; elle-même riait et dansait, la mort dans le cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le prince et la princesse se retirèrent dans leur tente : tout devint silencieux, et le pilote resta seul debout devant le gouvernail. La petite sirène, appuyée sur ses bras blancs au bord du navire, regardait vers l’orient, du côté de l’aurore ; elle savait que le premier rayon du soleil allait la tuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soudain ses sœurs sortirent de la mer, aussi pâles qu’elle-même ; leur longue chevelure ne flottait plus au vent, on l’avait coupée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous l’avons donnée à la sorcière, dirent-elles, pour qu’elle te vienne en aide et te sauve de la mort. Elle nous a donné un couteau bien affilé que voici. Avant le lever du soleil, il faut que tu l’enfonces dans le cœur du prince, et, lorsque son sang encore chaud tombera sur tes pieds, ils se joindront et se changeront en une queue de poisson. Tu redeviendras sirène ; tu pourras redescendre dans l’eau près de nous, et ce n’est qu’à l’âge de trois cents ans que tu disparaîtras en écume. Mais dépêche-toi ! car avant le lever du soleil, il faut que l’un de vous deux meure. Tue-le, et reviens ! Vois-tu cette raie rouge à l’horizon ? Dans quelques minutes le soleil paraîtra, et tout sera fini pour toi ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, poussant un profond soupir, elles s’enfoncèrent dans les vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La petite sirène écarta le rideau de la tente, et elle vit la jeune femme endormie, la tête appuyée sur la poitrine du prince. Elle s’approcha d’eux, s’inclina, et déposa un baiser sur le front de celui qu’elle avait tant aimé. Ensuite elle tourna ses regards vers l’aurore, qui luisait de plus en plus regarda alternativement le couteau tranchant et le prince qui prononçait en rêvant le nom de son épouse, leva l’arme d’une main tremblante, et… la lança loin dans les vagues. Là où tomba le couteau, des gouttes de sang semblèrent rejaillir de l’eau. La sirène jeta encore un regard sur le prince, et se précipita dans la mer, où elle sentit son corps se dissoudre en écume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce moment, le soleil sortit des flots ; ses rayons doux et bienfaisants tombaient sur l’écume froide, et la petite sirène ne se sentait pas morte ; elle vit le soleil brillant, les nuages de pourpre, et au-dessus d’elle flottaient mille créatures transparentes et célestes. Leurs voix formaient une mélodie ravissante, mais si subtile, que nulle oreille humaine ne pouvait l’entendre, comme nul œil humain ne pouvait voir ces créatures. L’enfant de la mer s’aperçut qu’elle avait un corps semblable aux leurs, et qui se dégageait peu à peu de l’écume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Où suis-je ? demanda-t-elle avec une voix dont aucune musique ne peut donner l’idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Chez les filles de l’air, répondirent les autres. La sirène n’a point d’âme immortelle, et elle ne peut en acquérir une que par l’amour d’un homme ; sa vie éternelle dépend d’un pouvoir étranger. Comme la sirène, les filles de l’air n’ont pas une âme immortelle, mais elles peuvent en gagner une par leurs bonnes actions. Nous volons dans les pays chauds, où l’air pestilentiel tue les hommes, pour y ramener la fraîcheur ; nous répandons dans l’atmosphère le parfum des fleurs ; partout où nous passons, nous apportons des secours et nous ramenons la santé. Lorsque nous avons fait le bien pendant trois cents ans, nous recevons une âme immortelle, afin de participer à l’éternelle félicité des hommes. Pauvre petite sirène, tu as fait de tout ton cœur les mêmes efforts que nous ; comme nous tu as souffert, et, sortie victorieuse de tes épreuves, tu t’es élevée jusqu’au monde des esprits de l’air, où il ne dépend que de toi de gagner une âme immortelle par tes bonnes actions. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et la petite sirène, élevant ses bras vers le ciel, versa des larmes pour la première fois. Les accents de la gaieté se firent entendre de nouveau sur le navire ; mais elle vit le prince et sa belle épouse regarder fixement avec mélancolie l’écume bouillonnante, comme s’ils savaient qu’elle s’était précipitée dans les flots. Invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l’époux, puis monta avec les autres enfants de l’air sur un nuage rose qui s’éleva dans le ciel.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<title>La Petite Sirène</title>
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		<updated>2014-11-19T11:22:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : Page créée avec « LA PETITE SIRÈNE.    Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les feuilles des bluets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inut... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;LA PETITE SIRÈNE.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les feuilles des bluets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inutile d’y jeter l’ancre, et qu’il faudrait y entasser une quantité infinie de tours d’églises les unes sur les autres pour mesurer la distance du fond à la surface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est là que demeure le peuple de la mer. Mais n’allez pas croire que ce fond se compose seulement de sable blanc ; non, il y croît des plantes et des arbres bizarres, et si souples, que le moindre mouvement de l’eau les fait s’agiter comme s’ils étaient vivants. Tous les poissons, grands et petits, vont et viennent entre les branches comme les oiseaux dans l’air. À l’endroit le plus profond se trouve le château du roi de la mer, dont les murs sont de corail, les fenêtres de bel ambre jaune, et le toit de coquillages qui s’ouvrent et se ferment pour recevoir l’eau ou pour la rejeter. Chacun de ces coquillages referme des perles brillantes dont la moindre ferait honneur à la couronne d’une reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années le roi de la mer était veuf, et sa vieille mère dirigeait sa maison. C’était une femme spirituelle, mais si fière de son rang, qu’elle portait douze huîtres à sa queue tandis que les autres grands personnages n’en portaient que six. Elle méritait des éloges pour les soins qu’elle prodiguait à ses six petites filles, toutes princesses charmantes. Cependant la plus jeune était plus belle encore que les autres ; elle avait la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus comme un lac profond ; mais elle n’avait pas de pieds : ainsi que ses sœurs, son corps se terminait par une queue de poisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute la journée, les enfants jouaient dans les grandes salles du château, où des fleurs vivantes poussaient sur les murs. Lorsqu’on ouvrait les fenêtres d’ambre jaune, les poissons y entraient comme chez nous les hirondelles, et ils mangeaient dans la main des petites sirènes qui les caressaient. Devant le château était un grand jardin avec des arbres d’un bleu sombre ou d’un rouge de feu. Les fruits brillaient comme de l’or, et les fleurs, agitant sans cesse leur tige et leurs feuilles, ressemblaient à de petites flammes. Le sol se composait de sable blanc et fin, et une lueur bleue merveilleuse, qui se répandait partout, aurait fait croire qu’on était dans l’air, au milieu de l’azur du ciel, plutôt que sous la mer. Les jours de calme, on pouvait apercevoir le soleil, semblable à une petite fleur de pourpre versant la lumière de son calice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacune des princesses avait dans le jardin son petit terrain, qu’elle pouvait cultiver selon son bon plaisir. L’une lui donnait la forme d’une baleine, l’autre celle d’une sirène ; mais la plus jeune fit le sien rond comme le soleil, et n’y planta que des fleurs rouges comme lui. C’était une enfant bizarre, silencieuse et réfléchie. Lorsque ses sœurs jouaient avec différents objets provenant des bâtiments naufragés, elle s’amusait à parer une jolie statuette de marbre blanc, représentant un charmant petit garçon, placée sous un saule pleureur magnifique, couleur de rose, qui la couvrait d’une ombre violette. Son plus grand plaisir consistait à écouter des récits sur le monde où vivent les hommes. Toujours elle priait sa vieille grand’mère de lui parler des vaisseaux, des villes, des hommes et des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s’étonnait surtout que sur la terre les fleurs exhalassent un parfum qu’elles n’ont pas sous les eaux de la mer, et que les forêts y fussent vertes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne pouvait pas s’imaginer comment les poissons chantaient et sautillaient sur les arbres. La grand’mère appelait les petits oiseaux des poissons ; sans quoi elle ne se serait pas fait comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Lorsque vous aurez quinze ans, dit la grand’mère, je vous donnerai la permission de monter à la surface de la mer et de vous asseoir au clair de la lune sur des rochers, pour voir passer les grands vaisseaux et faire connaissance avec les forêts et les villes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année suivante, l’aînée des sœurs allait atteindre sa quinzième année, et comme il n’y avait qu’une année de différence entre chaque sœur, la plus jeune devait encore attendre cinq ans pour sortir du fond de la mer. Mais l’une promettait toujours à l’autre de lui faire le récit des merveilles qu’elle aurait vues à sa première sortie ; car leur grand’mère ne parlait jamais assez, et il y avait tant de choses qu’elles brûlaient de savoir !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La plus curieuse, c’était certes la plus jeune ; souvent, la nuit, elle se tenait auprès de la fenêtre ouverte, cherchant à percer de ses regards l’épaisseur de l’eau bleue que les poissons battaient de leurs nageoires et de leur queue. Elle aperçut en effet la lune et les étoiles, mais elles lui paraissaient toutes pâles et considérablement grossies par l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque quelque nuage noir les voilait, elle savait que c’était une baleine ou un navire chargé d’hommes qui nageait au-dessus d’elle. Certes, ces hommes ne pensaient pas qu’une charmante petite sirène étendait au-dessous d’eux ses mains blanches vers la carène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour vint où la princesse aînée atteignit sa quinzième année, et elle monta à la surface de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À son retour, elle avait mille choses à raconter. « Oh ! disait-elle, c’est délicieux de voir, étendue au clair de la lune sur un banc de sable, au milieu de la mer calme, les rivages de la grande ville où les lumières brillent comme des centaines d’étoiles ; d’entendre la musique harmonieuse, le son des cloches des églises, et tout ce bruit d’hommes et de voitures ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oh ! comme sa petite sœur l’écoutait attentivement ! Tous les soirs, debout à la fenêtre ouverte, regardant à travers l’énorme masse d’eau, elle rêvait à la grande ville, à son bruit et à ses lumières, et croyait entendre sonner les cloches tout près d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année suivante, la seconde des sœurs reçut la permission de monter. Elle sortit sa tête de l’eau au moment où le soleil touchait à l’horizon, et la magnificence de ce spectacle la ravit au dernier point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tout le ciel, disait-elle à son retour, ressemblait à de l’or, et la beauté des nuages était au-dessus de tout ce qu’on peut imaginer. Ils passaient devant moi, rouges et violets, et au milieu d’eux volait vers le soleil, comme un long voile blanc, une bande de cygnes sauvages. Moi aussi j’ai voulu nager vers le grand astre rouge ; mais tout à coup il a disparu, et la lueur rose qui teignait la surface de la mer ainsi que les nuages s’évanouit bientôt. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis vint le tour de la troisième sœur. C’était la plus hardie, aussi elle remonta le cours d’un large fleuve. Elle vit d’admirables collines plantées de vignes, de châteaux et de fermes situés au milieu de forêts superbes. Elle entendit le chant des oiseaux, et la chaleur du soleil la força à se plonger plusieurs fois dans l’eau pour rafraîchir sa figure. Dans une baie, elle rencontra une foule de petits êtres humains qui jouaient en se baignant. Elle voulut jouer avec eux, mais ils se sauvèrent tout effrayés, et un animal noir — c’était un chien — se mit à aboyer si terriblement qu’elle fut prise de peur et regagna promptement la pleine mer. Mais jamais elle ne put oublier les superbes forêts, les collines vertes et les gentils enfants qui savaient nager, quoiqu’ils n’eussent point de queue de poisson.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième sœur, qui était moins hardie, aima mieux rester au milieu de la mer sauvage, où la vue s’étendait à plusieurs lieues, et où le ciel s’arrondissait au-dessus de l’eau comme une grande cloche de verre. Elle apercevait de loin les navires, pas plus grands que des mouettes ; les dauphins joyeux faisaient des culbutes, et les baleines colossales lançaient des jets d’eau de leurs narines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tour de la cinquième arriva ; son jour tomba précisément en hiver : aussi vit-elle ce que les autres n’avaient pas encore pu voir. La mer avait une teinte verdâtre, et partout nageaient, avec des formes bizarres, et brillantes comme des diamants, des montagnes de glace. « Chacune d’elles, disait la voyageuse, ressemble à une perle plus grosse que les tours d’église que bâtissent les hommes. » Elle s’était assise sur une des plus grandes, et tous les navigateurs se sauvaient de cet endroit où elle abandonnait sa longue chevelure au gré des vents. Le soir, un orage couvrit le ciel de nuées ; les éclairs brillèrent, le tonnerre gronda, tandis que la mer, noire et agitée, élevant les grands monceaux de glace, les faisait briller de l’éclat rouge des éclairs. Toutes les voiles furent serrées, la terreur se répandit partout ; mais elle, tranquillement assise sur sa montagne de glace, vit la foudre tomber en zigzag sur l’eau luisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première fois qu’une des sœurs sortait de l’eau, elle était toujours enchantée de toutes les nouvelles choses qu’elle apercevait ; mais, une fois grandie, lorsqu’elle pouvait monter à loisir, le charme disparaissait, et elle disait au bout d’un mois qu’en bas tout était bien plus gentil, et que rien ne valait son chez-soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent, le soir, les cinq sœurs, se tenant par le bras, montaient ainsi à la surface de l’eau. Elles avaient des voix enchanteresses comme nulle créature humaine, et, si par hasard quelque orage leur faisait croire qu’un navire allait sombrer, elles nageaient devant lui et entonnaient des chants magnifiques sur la beauté du fond de la mer, invitant les marins à leur rendre visite. Mais ceux-ci ne pouvaient comprendre les paroles des sirènes, et ils ne virent jamais les magnificences qu’elles célébraient ; car, aussitôt le navire englouti, les hommes se noyaient, et leurs cadavres seuls arrivaient au château du roi de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant l’absence de ses cinq sœurs, la plus jeune, restée seule auprès de la fenêtre, les suivait du regard et avait envie de pleurer. Mais une sirène n’a point de larmes, et son cœur en souffre davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! si j’avais quinze ans ! disait-elle, je sens déjà combien j’aimerais le monde d’en haut et les hommes qui l’habitent. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour vint où elle eut quinze ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tu vas partir, lui dit sa grand’mère, la vieille reine douairière : viens que je fasse ta toilette comme à tes sœurs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle posa sur ses cheveux une couronne de lis blancs dont chaque feuille était la moitié d’une perle ; puis elle fit attacher à la queue de la princesse huit grandes huîtres pour désigner, son rang élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comme elles me font mal ! dit la petite sirène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si l’on veut être bien habillée, il faut souffrir un peu, » répliqua la vieille reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la jeune fille aurait volontiers rejeté tout ce luxe et la lourde couronne qui pesait sur sa tête. Les fleurs rouges de son jardin lui allaient beaucoup mieux ; mais elle n’osa pas faire d’observations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Adieu ! » dit-elle ; et, légère comme une bulle de savon, elle traversa l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque sa tête apparut à la surface de la mer, le soleil venait de se coucher ; mais les nuages brillaient encore comme des roses et de l’or, et l’étoile du soir étincelait au milieu du ciel. L’air était doux et frais, la mer paisible. Près de la petite sirène se trouvait un navire à trois mâts ; il n’avait qu’une voile dehors, à cause du calme, et les matelots étaient assis sur les vergues et sur les cordages. La musique et les chants y résonnaient sans cesse, et à l’approche de la nuit on alluma cent lanternes de diverses couleurs suspendues aux cordages : on aurait cru voir les pavillons de toutes les nations. La petite sirène nagea jusqu’à la fenêtre de la grande chambre, et, chaque fois que l’eau la soulevait, elle apercevait à travers les vitres transparentes une quantité d’hommes magnifiquement habillés. Le plus beau d’entre eux était un jeune prince aux grands cheveux noirs, âgé d’environ seize ans, et c’était pour célébrer sa fête que tous ces préparatifs avaient lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les matelots dansaient sur le pont, et lorsque le jeune prince s’y montra, cent fusées s’élevèrent dans les airs, répandant une lumière comme celle du jour. La petite sirène eut peur et s’enfonça dans l’eau ; mais bientôt elle reparut, et alors toutes les étoiles du ciel semblèrent pleuvoir sur elle. Jamais elle n’avait vu un pareil feu d’artifice ; de grands soleils tournaient, des poissons de feu fendaient l’air, et toute la mer, pure et calme, brillait. Sur le navire on pouvait voir chaque petit cordage, et encore mieux les hommes. Oh ! que le jeune prince était beau ! Il serrait la main à tout le monde, parlait et souriait à chacun tandis que la musique envoyait dans la nuit ses sons harmonieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était tard, mais la petite sirène ne put se lasser d’admirer le vaisseau et le beau prince. Les lanternes ne brillaient plus et les coups de canon avaient cessé ; toutes les voiles furent successivement déployées et le vaisseau s’avança rapidement sur l’eau. La princesse le suivit, sans détourner un instant ses regards de la fenêtre. Mais bientôt la mer commença à s’agiter ; les vagues grossissaient, et de grands nuages noirs s’amoncelaient dans le ciel. Dans le lointain brillaient les éclairs, un orage terrible se préparait. Le vaisseau se balançait sur la mer impétueuse, dans une marche rapide. Les vagues, se dressant comme de hautes montagnes, tantôt le faisaient rouler entre elles comme un cygne, tantôt l’élevaient sur leur cime. La petite sirène se plut d’abord à ce voyage accidenté ; mais, lorsque le vaisseau, subissant de violentes secousses, commença à craquer, lorsque tout à coup le mât se brisa comme un jonc, et que le vaisseau se pencha d’un côté tandis que l’eau pénétrait dans la cale, alors elle comprit le danger, et elle dut prendre garde elle-même aux poutres et aux débris qui se détachaient du bâtiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par moments il se faisait une telle obscurité, qu’elle ne distinguait absolument rien ; d’autres fois, les éclairs lui rendaient visibles les moindres détails de cette scène. L’agitation était à son comble sur le navire ; encore une secousse ! il se fendit tout à fait, et elle vit le jeune prince s’ engloutir dans la mer profonde. Transportée de joie, elle crut qu’il allait descendre dans sa demeure ; mais elle se rappela que les hommes ne peuvent vivre dans l’eau, et que par conséquent il arriverait mort au château de son père. Alors, pour le sauver, elle traversa à la nage les poutres et les planches éparses sur la mer, au risque de se faire écraser, plongea profondément sous l’eau à plusieurs reprises, et ainsi elle arriva jusqu’au jeune prince, au moment où ses forces commençaient à l’abandonner et où il fermait déjà les yeux, près de mourir. La petite sirène le saisit, soutint sa tête au-dessus de l’eau, puis s’abandonna avec lui au caprice des vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, le beau temps était revenu, mais il ne restait plus rien du vaisseau. Un soleil rouge, aux rayons pénétrants, semblait rappeler la vie sur les joues du prince ; mais ses yeux restaient toujours fermés. La sirène déposa un baiser sur son front et releva ses cheveux mouillés. Elle lui trouva une ressemblance avec la statue de marbre de son petit jardin, et fit des vœux pour son salut. Elle passa devant la terre ferme, couverte de hautes montagnes bleues à la cime desquelles brillait la neige blanche. Au pied de la côte, au milieu d’une superbe forêt verte, s’étendait un village avec une église ou un couvent. En dehors des portes s’élevaient de grands palmiers, et dans les jardins croissaient des orangers et des citronniers ; non loin de cet endroit, la mer formait un petit golfe, s’allongeant jusqu’à&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(...)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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	<entry>
		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Kernunnos&amp;diff=3831</id>
		<title>Kernunnos</title>
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		<updated>2014-11-18T13:55:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : Renvoi&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Se référer à [[Cernunnos]]&lt;/div&gt;</summary>
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		<title>Discussion:Oengus</title>
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		<updated>2014-11-12T13:06:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : Page créée avec « Entre les  formes &amp;quot;Diarmaid&amp;quot; et &amp;quot;Diarmuid&amp;quot;, il semble que la seconde soit majoritairement employée, d&amp;#039;où ma correction, et c&amp;#039;est la forme que j&amp;#039;utiliserai par la suite p... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Entre les  formes &amp;quot;Diarmaid&amp;quot; et &amp;quot;Diarmuid&amp;quot;, il semble que la seconde soit majoritairement employée, d&#039;où ma correction, et c&#039;est la forme que j&#039;utiliserai par la suite pour ce personnage.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<title>Oengus</title>
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		<updated>2014-11-12T13:03:27Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Portail:Mythologie irlandaise]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nombreuses variantes : [[Aengus]], [[Aonghus]], [[Oengus Mac Oc]], [[Mac Oc]], [[Mac Og]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu jeune et solaire. Il est né de l&#039;union du [[Dagda]] avec [[Eithne]] [[Boinn]], surnommée &amp;quot;la [[Vache]] blanche&amp;quot;, car elle est une déesse pourvoyeuse, et protectrice du bétail. Elle est l&#039;épouse d&#039;[[Elcmar]], frère du Dagda. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut considérer qu&#039;Oengus est le dieu de la jeunesse, de la beauté et de l&#039;[[amour]], probablement comparable à [[Mabon]] chez les gallois, [[Maponos]]/[[Belenos]] chez les gaulois, [[Apollon]] chez les gréco-romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Présent dans plusieurs récits mythologiques irlandais, c&#039;est un dieu protecteur. Il apparaît dans la légende &amp;quot;La Poursuite de Diarmuid et Grainne&amp;quot; où il aide les deux amants, pourchassés par le roi [[Finn Mac Cumaill]], à s&#039;enfuir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le retrouve dans &amp;quot;La Courtise d&#039;Etain&amp;quot;, et &amp;quot;Le Rêve d&#039;Oengus&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Le Rêve d&#039;Oengus==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Rêve d&#039;Oengus ou  &#039;&#039;Aislinge Oengusso&#039;&#039; en irlandais, raconte comment le jeune dieu s&#039;éprit d&#039;une belle jeune fille, Caer, fille d&#039;Ethal, qui se transformait en [[cygne]] une année sur deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Liens externes==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://encyclopedie.arbre-celtique.com/reve-d-oengus-9904.htm Le Rêve d&#039;Oengus sur le site de l&#039;Arbre celtique]&lt;br /&gt;
*[http://encyclopedie.arbre-celtique.com/aengus-et-la-jeune-fille-cygne-2479.htm Aengus et la jeune fille cygne sur le site de l&#039;Arbre celtique]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Les_Cygnes_sauvages&amp;diff=3720</id>
		<title>Les Cygnes sauvages</title>
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		<updated>2014-11-05T13:49:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
book Contes d’Andersen Hans Christian Andersen David Soldi Bertall Librairie Hachette et Cie 1876 V Les Cygnes sauvages Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu/10 302-329  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LES CYGNES SAUVAGES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles lorsque l’hiver arrive chez nous, demeurait un roi qui avait onze fils et une fille appelée Élisa. Les onze frères, tous princes, allaient à l’école, la poitrine ornée d’une large décoration et l’épée au côté. Ils écrivaient avec des crayons de diamant sur des tablettes d’or, et ils savaient réciter par cœur d’une manière parfaite ; enfin tout chez eux annonçait qu’ils étaient des princes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sœur Élisa, assise sur un petit banc de cristal, s’amusait à regarder un livre d’images dont le prix égalait celui de la moitié du royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces enfants étaient bienheureux, mais ce bonheur ne devait pas durer toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur père, qui était roi de tout le pays, épousa en secondes noces une méchante reine qui n’avait guère à cœur le bonheur des enfants. Dès le premier jour ils s’en aperçurent. Il y avait fête au château ; les enfants jouaient et beaucoup d’étrangers affluaient ; mais au lieu de donner aux enfants comme à l’ordinaire, des gâteaux et des pommes rôties, elle leur fit servir du sable dans une tasse de thé, en disant qu’ils pouvaient faire comme si c’était quelque chose de bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La semaine suivante, elle envoya la petite Élisa à la campagne, chez des paysans ; et, quelque temps après, elle dit tant de vilaines choses au roi sur le compte des pauvres princes, qu’il ne s’inquiétait plus d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Envolez-vous par le monde, et tirez-vous d’affaires vous-mêmes, dit la méchante reine. Envolez-vous comme de grands oiseaux sans voix. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle ne put leur faire autant de mal qu’elle aurait voulu, car ils se changèrent en onze magnifiques cygnes sauvages. Ils poussèrent un cri bizarre et s’élevèrent au-dessus du parc et de la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, ils passèrent devant la maison où leur sœur Élisa était couchée et dormait dans la chambre du paysan. Ils planèrent sur le toit, tendirent leur long cou et battirent des ailes. Mais personne ne les entendit ni ne les aperçut. Puis ils regagnèrent les nuages, s’envolèrent par le monde, et ne s’arrêtèrent que dans une grande forêt sombre qui s’étendait jusqu’au bord de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvre petite Élisa jouait dans la chambre du paysan avec une feuille verte, car elle n’avait point d’autre joujou. Elle y fit un trou, et regarda au travers du côté du soleil. Elle crut apercevoir au loin les yeux brillants de ses frères ; et, chaque fois qu’elle sentait sur ses joues les rayons de l’astre éblouissant, c’était pour elle comme si ses frères la couvraient de baisers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi se passa un jour après l’autre. Si le vent agitait les grandes haies de roses plantées devant la maison, il leur soufflait : « Qu’y a-t-il au monde de plus joli que vous ? » Mais les roses secouaient la tête et répondaient : « La petite Élisa. » Le dimanche, lorsque la vieille était assise devant sa porte lisant son livre de prières, le vent tournait les feuilles et disait au livre : « Qui peut être plus pieux que vous ? » Le livre de prières répondait : « La petite Élisa ; » et lui, comme les roses, disait la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant atteint l’âge de quinze ans, Élisa retourna au château. La reine, voyant sa beauté, se mit fort en colère et conçut pour elle une haine terrible. Elle aurait bien voulu la changer, comme ses frères, en cygne sauvage ; mais elle ne l’osait pas encore ; car le roi avait grand désir de voir sa fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, la reine se rendit à la salle de bain, qui était construite de marbre, ornée de coussins moelleux et de tapis magnifiques. Là, elle prit trois crapauds, déposa un baiser sur chacun d’eux, et dit à l’un : « Place-toi sur la tête d’Élisa, lorsqu’elle viendra au bain, afin qu’elle devienne aussi stupide que toi. » – Place-toi sur son front dit-elle à l’autre, afin qu’elle devienne aussi laide que toi, et que son père ne puisse la reconnaître. &lt;br /&gt;
– Pose-toi sur son cœur, souffla-t-elle au troisième, et rends-la tellement méchante, qu’elle en ait beaucoup de tourment. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite elle jeta les crapauds dans l’eau claire, qui aussitôt devint verdâtre, appela Élisa, la déshabilla et l’y plongea.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’instant même un des crapauds se plaça sur ses cheveux, l’autre sur son front, et le troisième sur son cœur ; mais Élisa ne parut pas s’en apercevoir. Lorsqu’elle se leva, trois fleurs rouges de pavot apparurent à la surface de l’eau. Si les animaux n’avaient pas été venimeux et embrassés par la sorcière, c’est en roses gracieuses qu’ils eussent été changés. Ils étaient devenus fleurs en touchant la tête et le cœur de la jeune fille, car elle était trop pieuse et trop innocente pour que la magie pût exercer sur elle aucune influence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La méchante reine, voyant ses maléfices impuissants, se mit à frotter la jeune fille avec du jus de noix, ce qui lui rendit la peau toute noire. Puis elle enduisit son charmant visage d’un onguent fétide et embrouilla sa belle chevelure, de sorte qu’il était impossible de la reconnaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi son père, en la voyant, s’effraya et dit que ce n’était pas là sa fille. Il n’y avait personne qui la reconnût, excepté le chien de garde et les hirondelles ; mais que pouvaient dire en sa faveur ces pauvres animaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors Élisa pleura et pensa à ses onze frères qui tous étaient absents. Profondément affligée, elle s’échappa du château, traversa les champs et les marais, et s’enfonça dans une vaste forêt. Elle ne savait pas où elle voulait aller ; son unique désir était de retrouver ses frères, qui sans doute, comme elle, avaient été chassés dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit arriva bientôt. La jeune fille avait perdu son chemin ; épuisée de fatigue, elle se coucha sur le gazon moelleux, fit sa prière du soir et appuya sa tête sur un tronc d’arbre. Partout régnait un profond silence ; l’air était doux, et plus de cent vers luisants brillaient dans l’herbe et sur la mousse, comme de petits feux verdâtres. Elle toucha de sa main une branche, et ces insectes brillants tombèrent sur elle comme des étoiles filantes. Toute la nuit, Élisa rêva de ses frères, qu’elle voyait jouer comme des enfants, écrire avec leurs crayons de diamant sur des tablettes d’or et feuilleter le magnifique livre d’images qui valait la moitié du royaume. Mais, au lieu d’écrire sur les tablettes, comme autrefois, des zéros et des lignes, ils y traçaient maintenant les actions les plus courageuses, par lesquelles ils s’étaient distingués, et tout ce qu’ils avaient vu et éprouvé. Dans le livre d’images, tout était vivant : les oiseaux chantaient, et les personnages quittaient leur place pour venir parler à Élisa et à ses frères. Mais aussitôt qu’elle tournait la feuille, ils rentraient promptement dans leur cadre, pour qu’il n’y eût point de confusion dans les images.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se réveillant, Élisa remarqua que le soleil était levé depuis longtemps ; elle ne put néanmoins le voir, à cause des grands arbres qui étendaient leurs branches sur sa tête. Mais ses rayons les perçaient, semblables à une gaze d’or soulevée par le vent. La verdure répandit un parfum délicieux, et les oiseaux venaient se poser sur les épaules de la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait murmurer l’eau qui coulait de plusieurs grandes sources et se rendait dans un lac dont le fond était du sable le plus fin. Bien qu’entouré d’épaisses broussailles, ce lac était accessible par un endroit où les cerfs avaient pratiqué une large ouverture. C’est par cette ouverture qu’Élisa arriva au bord de cette eau, tellement limpide que, si le vent n’avait pas agité les branches et les buissons, elle les aurait crus peints au fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’elle aperçut sa propre figure si noire et si laide, elle recula d’horreur ; mais lorsqu’elle eut mouillé sa petite main et frotté ses yeux et son front, la blancheur de sa peau reparut aussitôt. Puis, quittant ses vêtements, elle se baigna dans l’eau fraîche. Jamais fille de roi n’avait été plus belle qu’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’étant rhabillée et ayant formé une tresse de ses longs cheveux, Élisa se rendit près d’une source jaillissante, but dans le creux de sa main, et s’enfonça dans la forêt, sans savoir où elle allait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle pensait à ses frères et au bon Dieu, qui certes ne l’abandonnerait pas, lui qui fait croître les pommiers sauvages pour satisfaire la faim de l’homme fugitif. Il lui fit découvrir un de ces arbres, dont les branches pliaient sous le poids de leurs fruits ; et elle s’y arrêta pour prendre son dîner. Puis elle pénétra dans la partie la plus sombre de la forêt. Là, le silence était si profond, qu’elle entendait le bruit de son pas léger, le froissement de chaque feuille sèche qui se rencontrait sous ses pieds. On ne voyait pas un seul oiseau, et pas un rayon de soleil ne pouvait pénétrer à travers les branches longues et épaisses. Les troncs des arbres se rapprochaient tellement, qu’en regardant devant elle, elle aurait pu se croire entourée d’une quantité de grilles formées par des poutres. C’était une solitude dont elle n’avait jamais eu l’idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit devint d’une profonde obscurité ; aucun petit ver luisant ne brillait plus sur la mousse ; la tristesse dans l’âme, Élisa se coucha et ne tarda pas à s’endormir. Pendant son sommeil, il lui sembla que les branches s’écartaient au-dessus d’elle, et que le bon Dieu, entouré de petits anges gracieux, jetait sur elle un regard doux et pénétrant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En s’éveillant, elle ne savait pas si tout cela était un rêve ou une réalité. Elle continua son chemin et rencontra une vieille femme portant un panier rempli de fruits, et qui lui en offrit quelques-uns. Élisa lui demanda si elle n’avait pas vu onze princes à cheval traverser la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Non, répondit la vieille : mais j’ai vu hier onze cygnes, avec des couronnes d’or sur la tête, nager dans un lac près d’ici. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle conduisit la jeune fille à une pente au pied de laquelle serpentait un ruisseau ; les bords étaient couverts de grands arbres qui entrelaçaient leurs branches et les laissaient pencher sur l’eau. Élisa dit adieu à la vieille, et chemina le long du ruisseau jusqu’à l’endroit où il se jetait dans un grand bassin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant la mer s’étendait dans toute sa magnificence devant les yeux de la jeune fille ; mais aucune voile, aucun bateau ne s’y faisait voir qui pût la porter plus loin. Elle regarda sur le rivage les innombrables petites pierres arrondies par l’eau. Le verre, le fer, les cailloux, tout avait reçu la même forme, quoique l’eau fût encore plus légère que la main délicate de la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ces petits objets roulent continuellement, disait-elle ; c’est ainsi que tout ce qui est dur devient poli. Moi aussi je serai infatigable. Merci de votre leçon, flots limpides et mobiles ; mon cœur me prédit qu’un jour vous me porterez auprès de mes frères chéris. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le goëmon rejeté par la mer, se trouvaient onze plumes de cygnes blancs arrosées de quelques gouttes d’eau ; était-ce de la rosée ou des larmes ? Nul ne pouvait le savoir. Élisa les ramassa et en fit un bouquet. Elle ne semblait pas s’apercevoir de la solitude du rivage ; car la mer, par ses variations perpétuelles, offrait en quelques heures un spectacle plus intéressant que celui de plusieurs lacs pendant toute une année. Chaque fois qu’apparaissait quelque grand nuage noir, la mer semblait dire : « Moi aussi, je peux prendre cet aspect. » Alors le vent agitait les flots, et ils se couvraient d’une blanche écume. Si, au contraire, les nuages étaient rouges et le vent calme, la mer ressemblait à une feuille de rose, elle devenait tantôt verte, tantôt blanche. Au milieu du plus grand calme, un léger mouvement se faisait cependant sentir au rivage, et l’eau s’y soulevait doucement, comme la poitrine d’un enfant endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au coucher du soleil, Élisa aperçut onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête, qui s’approchaient de la côte. Ils volaient l’un derrière l’autre comme un long ruban blanc. À cette vue, elle gravit la pente et se cacha derrière un buisson. Bientôt les cygnes se posèrent auprès d’elle en battant de leurs grandes ailes blanches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment où le soleil disparut derrière l’eau, le plumage des oiseaux tomba, et ils devinrent onze beaux princes, les frères d’Élisa. Elle poussa un cri en les reconnaissant ; elle se jeta dans leurs bras, en les appelant par leurs noms. Eux aussi furent bien heureux de retrouver leur petite sœur si grande et si embellie ; ils riaient et pleuraient tour à tour, et ils comprirent bientôt qu’ils étaient tous victimes de la méchanceté de leur belle-mère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous volons, dit l’aîné, sous l’apparence de cygnes sauvages, tant que le soleil brille dans le ciel ; mais, dès qu’il a disparu, nous reprenons la forme humaine. C’est pourquoi nous devons toujours au coucher du soleil chercher un point d’appui pour nos pieds ; car, en continuant à voler vers les nuages, nous retomberions comme des hommes dans l’abîme. Nous ne demeurons pas dans cet endroit ; nous habitons, au delà de la mer, un pays aussi beau que celui-ci, mais la route est bien longue ; pour y arriver il faut que nous traversions la vaste mer, sans trouver aucune île où nous puissions passer la nuit. Un seul rocher, étroit et solitaire, où nous tenons à peine, serrés les uns contre les autres, s’élève au milieu des flots. Lorsque la mer est grosse, nous sommes parfois couverts par les vagues ; et cependant nous remercions Dieu de cet asile. Là, nous passons la nuit sous forme humaine. C’est le seul moyen qui nous reste de revoir notre chère patrie, car il nous faut, pour faire notre traversée, les deux plus longs jours de l’année. Il ne nous est permis de visiter notre pays natal qu’une fois par an ; pendant onze jours nous pouvons rester ici, et alors nous nous élevons au-dessus de la grande forêt, d’où nous apercevons le château qui nous a vus naître, et où réside notre père, la haute tour de l’église où notre mère a été enterrée. Les arbres et les buissons semblent être nos parents ; les chevaux sauvages courent dans les prairies, comme du temps de notre enfance ; les charbonniers y entonnent encore les vieilles chansons que nous écoutions avec tant de plaisir ; enfin, c’est ici notre patrie, vers laquelle nous tendons toujours, et où nous venons de te retrouver, bonne petite sœur. Nous avons encore deux jours à rester ; puis il faudra partir pour un pays magnifique, mais qui n’est pas notre patrie. Comment t’emmener par delà la mer ? Nous n’avons ni vaisseau ni barque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Que pourrais-je faire pour vous sauver ? » dit la sœur. Et ils s’entretinrent presque toute la nuit sur les moyens d’accomplir leur délivrance, ne donnant que quelques heures au sommeil&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Élisa fut réveillée par le bruit des ailes des cygnes qui s’envolaient au-dessus d’elle. Ses frères, transformés de nouveau, s’éloignaient en traçant de grands cercles dans les airs. L’un d’eux seulement, le plus jeune, resta auprès d’elle. Il posa sa tête dans le giron de la pauvre fille, qui caressait ses blanches ailes, et ils passèrent ainsi toute la journée ensemble. Après ce soir, les autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
revinrent, et, lorsque le soleil se fut couché, ils reprirent leur figure naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous partons, dit l’aîné, et nous ne reviendrons qu’au bout d’un an. Nous ne voudrions pas te laisser ici : as-tu assez de courage pour nous suivre ? Mon bras est assez fort pour te porter à travers la forêt, donc nos ailes réunies auront assez de force pour t’emporter au delà de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, emmenez-moi, » dit Élisa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les frères passèrent toute la nuit à tresser un filet avec l’écorce flexible du saule et les tiges du jonc. Élisa fut placée dedans, et, lorsque le soleil reparut, les frères, redevenus des cygnes sauvages, prirent le filet dans leurs becs et s’envolèrent jusqu’aux nuages avec leur sœur bien-aimée encore endormie. Comme les rayons du soleil tombaient d’aplomb sur sa figure, l’un des cygnes vola au-dessus de sa tête pour l’ombrager de ses larges ailes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu’Élisa se réveilla, les cygnes étaient déjà loin de la terre ; elle croyait rêver encore, tant il lui paraissait extraordinaire d’être ainsi portée au-dessus de la mer, si haut à travers les airs. Près d’elle se trouvait une branche chargée de fruits délicieux et un paquet de racines exquises que le plus jeune de ses frères lui avait préparés. Aussi elle lui souriait avec reconnaissance, car elle avait reconnu que c’était lui qui volait au-dessus de sa tête, en l’ombrageant de ses ailes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cygnes s’élevèrent si haut que le premier navire qu’ils aperçurent au-dessous d’eux leur parut une petite mouette sur l’eau. Derrière eux était un grand nuage semblable à une montagne ; Élisa y vit son ombre et celle des onze cygnes, grandes comme des géants. C’était le tableau le plus admirable qu’elle eût jamais contemplé ; mais, dès que le soleil se fut élevé davantage dans le ciel, cette image flottante s’évanouit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme une flèche qui fend les airs, les onze cygnes volèrent toute la journée, plus lentement néanmoins qu’à l’ordinaire, puisqu’ils portaient leur sœur. Le temps devint mauvais, et la nuit approchait ; Élisa vit avec inquiétude le soleil s’incliner vers l’horizon, sans apercevoir encore le rocher solitaire au milieu des flots. Il lui sembla aussi que les cygnes agitaient leurs ailes avec beaucoup plus d’efforts. Hélas ! c’était elle qui les retardait ; le soleil couché, ils redeviendraient hommes, tomberaient dans la mer et se noieraient. Elle adressa du fond du cœur une prière au bon Dieu, mais le rocher n’apparut pas encore. Le nuage noir s’approchait de plus en plus ; le vent annonçait une tempête, le tonnerre grondait, et un éclair suivait l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà le soleil touchait à la mer, le cœur de la jeune fille palpitait. Les cygnes descendaient si rapidement, qu’elle croyait tomber ; mais bientôt ils reprirent leur vol. Le soleil était à moitié plongé dans l’eau lorsqu’elle aperçut le petit rocher, pas plus gros qu’un chien de mer qui montre sa tête au-dessus de l’eau. Le soleil ne ressemblait plus qu’à une simple étoile, quand elle posa les pieds sur le roc ; et, lorsqu’il s’éteignit tout à fait, comme la dernière étincelle d’un papier enflammé, elle vit ses frères autour d’elle, se tenant tous par la main. Il ne restait pas la moindre petite place vide. Les vagues battaient le rocher, et passaient sur leurs têtes comme une averse ; le ciel était en feu, le tonnerre grondait sans cesse. Mais la sœur et les frères, se tenant toujours par la main, entonnèrent un psaume, afin de reprendre courage et de se consoler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’aube du jour, l’air devint calme et pur. Les cygnes s’envolèrent avec Élisa au moment où le soleil parut. La mer était encore agitée ; vue du haut des airs, sa blanche écume ressemblait à des milliers de cygnes bercés par les vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu de temps après Élisa aperçut devant elle un pays montagneux qui semblait flotter dans l’air. Au milieu de brillants glaciers et de rochers escarpés, un château long s’élevait entouré de galeries superposées. Au pied de ce château s’étendaient des forêts de palmiers et poussaient des fleurs magnifiques, aussi grandes que les roues d’un moulin. La jeune fille demanda si c’était là le pays où ils se rendaient ; mais, les cygnes secouèrent la tête pour dire non, car ce palais admirable, changeant continuellement d’aspect, n’ était que la résidence de la fée Morgane. Jamais homme n’en avait franchi le seuil. Pendant qu’Élisa considérait ce spectacle, les montagnes, les forêts et le château s’écroulèrent tout à coup, et à leur place apparurent vingt églises superbes, toutes pareilles, avec leurs hautes tours et leurs fenêtres en ogive. Elle s’imagina entendre la musique de l’orgue, mais ce n’était que la musique des vagues. Elle était déjà tout près de ces églises, lorsque subitement elle les vit se transformer en une flotte complète qui naviguait au-dessous d’elle. Un moment après, il ne restait plus qu’un brouillard planant sur les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin elle découvrit le pays où ils devaient se rendre. C’étaient des montagnes bleues avec des forêts de cèdres, des villes et des châteaux. Longtemps avant le coucher du soleil, elle se trouvait assise sur un rocher, devant une grande caverne entourée de plantes rampantes qui ressemblaient à des tapis brodés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Maintenant nous allons voir ce que tu rêveras cette nuit, dit le plus jeune des frères en montrant à Élisa sa chambre à coucher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Puissé-je rêver des moyens de vous venir en aide ! » répondit-elle ; et, cette pensée l’absorbant tout entière, elle se mit à invoquer l’appui du bon Dieu ; jusque dans son sommeil, elle ne cessa de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soudain, elle se crut enlevée bien haut dans les airs, jusqu’au palais nébuleux de la reine Morgane. La fée elle-même venait à sa rencontre, et, malgré sa beauté et sa splendeur, elle ressemblait à la vieille femme qui lui avait donné des fruits dans la forêt et lui avait parlé des onze cygnes aux couronnes d’or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tes frères pourront être délivrés, dit la fée, mais il te faudra du courage et de la persévérance. Il est vrai que l’eau, plus légère que tes mains délicates, arrondit les pierres dures, mais elle ne ressent pas les douleurs que ressentiront tes doigts ; elle n’a pas de sensibilité et ne subit pas les tourments que tu endureras. Vois-tu l’ortie que je tiens à la main ? Il en pousse beaucoup de pareilles autour de la caverne où tu dors, mais celles qui viennent sur les tombes du cimetière sont les seules bonnes. N’oublie rien de ce que je te dis : tu les cueilleras, quoique ta peau, en les touchant, se couvre d’ampoules ; tu les écraseras ensuite sous tes pieds pour en faire de la filasse avec laquelle tu tisseras onze tuniques à manches longues. Jette ces tuniques sur les onze cygnes sauvages, et le charme sera rompu. Mais rappelle-toi bien que, depuis le moment où tu auras commencé ce travail jusqu’à celui où il sera terminé, dût-il durer plusieurs années, il te faudra garder un silence absolu. Le premier mot sorti de ta bouche atteindrait le cœur de tes frères comme un poignard mortel. Ainsi, leur vie dépend de ta langue ; n’oublie rien de mes avertissements. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps elle touche de son ortie la main d’Élisa, qui se réveilla tout à coup, comme brûlée par le feu. Il faisait grand jour, et, près de l’endroit où elle avait dormi, se trouvait une ortie toute pareille à celle qu’elle avait vue dans son rêve. Alors la jeune fille se mit à genoux, remercia le bon Dieu, et sortit de la caverne pour commencer son travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle saisit de ses mains délicates les vilaines orties brûlantes et supporta volontiers la douleur pour sauver ses frères chéris. Elle écrasa ensuite chaque tige d’ortie avec ses pieds nus, et en fit de la filasse verte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès que le soleil fut couché, les frères arrivèrent. Ils eurent grand’peur en retrouvant leur sœur tout à fait muette, et ils crurent d’abord que c’était un nouveau sortilège de leur belle-mère. Mais en apercevant ses mains, ils comprirent ce qu’elle faisait pour eux ; le plus jeune se mit à verser des larmes sur elle, et, partout où tombèrent ses larmes, la douleur cessa et les ampoules disparurent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Élisa passa toute la nuit à travailler, ne voulant prendre aucun repos avant d’avoir délivré ses frères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, pendant l’absence des cygnes, elle resta dans sa solitude ; cependant jamais les heures n’avaient coulé si vite pour elle. Bientôt une tunique fut achevée, elle se mit à la seconde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu de sa besogne, le son du cor se fit entendre dans les montagnes et remplit la jeune fille de terreur. Comme ce bruit se rapprochait de plus en plus, avec des aboiements de chiens, elle rentra promptement dans la caverne, ramassa toutes les orties, en fit un paquet, et s’assit dessus pour les cacher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un moment après, un gros chien sortit des broussailles, puis un autre, et un autre encore. Ils disparurent en aboyant, et revinrent bientôt après ; au bout de quelques minutes, tous les chasseurs arrivèrent, et le plus beau, qui était le roi du pays, s’approcha d’Élisa. Jamais il n’avait vu une aussi jolie fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comment es-tu venue ici, charmante enfant ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Élisa secoua la tête, car la vie de ses frères dépendait de son silence, et cacha ses mains sous son tablier pour que le roi ne découvrît pas ses souffrances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Viens avec moi, continua-t-il ; tu ne peux rester ici. Si tu es aussi bonne que tu es belle, je t’habillerai de soie et de velours, je mettrai une couronne d’or sur ta tête, et je te donnerai mon plus riche château pour résidence. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il la plaça sur son cheval. Elle pleurait et se tordait les mains, mais le roi dit : « Je ne veux que ton bonheur ; un jour tu m’en sauras gré. » Il partit à travers les montagnes, tenant la jeune fille devant lui, et suivi de tous les autres chasseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’approche de la nuit, on aperçut la magnifique capitale avec ses églises et ses coupoles. Le roi conduisit Élisa dans son château, où des jets d’eau s’élevaient dans de hautes salles de marbre dont les murs et les plafonds étaient couverts de peintures admirables. Mais, au lieu de regarder toute cette magnificence, Élisa pleurait et se désolait. Cependant les dames du château la revêtirent d’habits royaux, tressèrent des perles dans ses cheveux et couvrirent ses mains blessées de gants fins et moelleux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était si admirablement belle dans cette parure que tous les courtisans s’inclinèrent devant elle jusqu’à terre, et que le roi la choisit pour épouse, quoique l’archevêque secouât la tête en murmurant que cette jolie fille de la forêt n’était peut-être qu’une sorcière qui éblouissait les yeux et ensorcelait le cœur du roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le roi, sans y prendre garde, fit jouer de la musique et servir les plats les plus exquis. Les plus belles filles du pays formèrent des danses autour d’Élisa et la conduisirent par des jardins parfumés dans des salons magnifiques. Cependant aucun sourire ne parut sur ses lèvres ou dans ses yeux ; la douleur seule s’y montrait comme son éternel partage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le roi ouvrit la porte d’une petite chambre où Élisa devait dormir ; cette pièce était ornée de précieux tapis verts qui rappelaient exactement la caverne d’où elle sortait. Sur le sol se trouvait le paquet de filasse provenant des orties, et au plafond était suspendue la tunique qu’elle avait tissée. Un des chasseurs avait emporté tout cela comme des curiosités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tu pourras rêver ici à ton ancienne demeure, dit le roi ; voici le travail qui t’a occupée ; au milieu de la splendeur qui t’entourera, tu seras contente de penser quelquefois au temps passé. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voyant les objets qu’elle avait tant à cœur de garder, Élisa sourit, et le sang reparut sur ses joues. Elle pensa au salut de ses frères, et baisa la main du roi, qui la pressa sur son cœur et fit annoncer leur mariage au son de toutes les cloches. La belle fille muette de la forêt était devenue la reine du pays. Il est vrai que quelques méchants propos arrivèrent jusqu’à l’oreille du roi, mais il ne les prit pas à cœur, et le mariage fut célébré. L’auteur de ces propos lui-même fut obligé de placer la couronne sur la tête d’Élisa, et il eut la méchanceté de la serrer outre mesure autour du front. Mais Élisa n’en ressentit aucune douleur, car il n’y avait pas pour elle d’autre tourment que la destinée de ses frères. Quoique sa bouche fût muette, puisqu’une seule parole leur eût coûté la vie, ses regards témoignaient une profonde affection pour le bon roi qui ne voulait que son bonheur. Tous les jours elle l’aimait de plus en plus : aussi elle aurait pu se confier à lui et lui raconter ses souffrances, mais il fallait qu’elle restât muette pour mener son œuvre à bonne fin. La nuit elle se rendait secrètement dans la petite chambre décorée comme la caverne, elle y acheva six tuniques l’une après l’autre. Elle allait recommencer la septième, lorsque la filasse manqua. Elle savait bien que les orties indispensables à son travail poussaient au cimetière, mais elle était obligée de les cueillir elle-même, et comment y arriver ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ah ! qu’est-ce que la douleur de mes doigts en la comparant à celle de mon cœur ? je me risquerai ; le bon Dieu me viendra en aide. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tremblante comme si elle allait commettre une mauvaise action, elle se glisse à la lueur de la lune dans le jardin, parcourt les longues allées, traverse les rues solitaires, et arrive au cimetière. Elle y aperçoit, sur une des plus larges pierres tumulaires, un cercle d’affreuses sorcières qui déterrent les cadavres et en dévorent la chair. Élisa est obligée de passer devant elles ; les sorcières la poursuivent de leurs regards infernaux, mais la jeune fille récite sa prière, cueille les orties brûlantes, et les rapporte au château.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais un des courtisans l’avait vue ; il se persuada que la reine n’était qu’une sorcière qui avait trompé le roi et tout le peuple. Le roi eu bientôt connaissance de tout ce qui s’était passé ; deux grosses larmes roulaient sur ses joues, et il eut le cœur déchiré par un doute cruel. Pendant plusieurs nuits, il feignit de dormir ; mais il voyait Élisa se lever, et il la suivait tout doucement jusqu’à la petite chambre où elle entrait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’air du roi devint chaque jour plus sombre ; la pauvre reine s’en aperçut sans en deviner la cause, et ce chagrin vint encore augmenter les souffrances qu’elle éprouvait au sujet de ses frères. Ses larmes tombaient sur les velours et la pourpre comme des diamants étincelants ; cependant elle ne perdit pas courage, poursuivit son travail, et bientôt il ne manqua plus qu’une tunique. Il lui fallait aller une dernière fois au cimetière pour cueillir des orties. Elle songeait avec angoisse à ce voyage solitaire et aux affreuses sorcières, mais sa volonté était ferme comme sa confiance en Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se mit donc en route, mais le roi et le méchant courtisan la suivirent. Ils la virent entrer dans le cimetière, et plus loin ils aperçurent les sorcières consommant leur épouvantable sacrilège. Le roi se détourna avec horreur, en pensant que la tête qui s’était reposée sur sa poitrine appartenait à l’un de ces monstres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que le peuple la juge ! » s’écria-t-il ; et le peuple la condamna aux flammes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrachée aux salles splendides, la malheureuse fut conduite dans un cachot horrible, où le vent sifflait à travers une fenêtre grillée. Au lieu de velours et de soie, elle n’eut pour coussin que le paquet d’orties qu’elle venait de cueillir. Les tuniques brûlantes qu’elle avait tissées durent lui servir de couvertures, et cependant il était impossible de rien lui offrir de plus agréable. Elle reprit son travail, en adressant des prières au ciel. En attendant, les enfants entonnaient dans la rue des chansons injurieuses pour elle, et pas une âme ne la consolait par une parole affectueuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soudain, vers le soir, une aile de cygne apparut près de la petite fenêtre ; c’était le plus jeune des frères qui avait retrouvé sa sœur. Élisa se mit à sangloter de joie, bien que la nuit prochaine dût être pour elle la dernière ; mais son travail était presque achevé, et ses frères n’étaient pas loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On envoya près d’elle un magistrat pour qu’elle fît la confession de ses crimes. À la vue de cet homme, Élisa secoua la tête en le priant du regard et du geste de ne pas insister. Elle devait, cette dernière nuit, terminer son travail, sans quoi ses tourments, ses larmes, et ses longues veillées, tout eût été perdu. Le magistrat se retira donc en proférant des menaces ; mais Élisa, forte de son innocence, continua sa tâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les petites souris apportèrent à ses pieds les orties pour lui venir en aide, et un merle, posé sur la grille de la fenêtre, chanta toute la nuit pour soutenir son courage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une heure avant le lever du soleil, les onze frères se présentèrent à la porte du château, demandant à être introduits près du roi. On leur répondit que c’était impossible ; il faisait encore nuit, le roi dormait, et personne n’oserait le réveiller. Ils prièrent et menacèrent, de sorte qu’on fut obligé d’appeler les gardes. À ce bruit, le roi sortit et demanda ce qu’il y avait ; mais, au même instant, le soleil se montra, et les onze frères disparurent : seulement, onze cygnes sauvages s’élevèrent au-dessus du château.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foule accourut aux portes de la ville pour voir brûler la sorcière. Un cheval décharné traînait la charrette où elle était assise, affublée d’une blouse de grosse toile. Sa longue et belle chevelure tombait autour de sa tête, ses joues étaient d’une pâleur mortelle, et ses lèvres s’agitaient doucement, tandis que ses doigts tissaient toujours la filasse verte. Même sur le chemin de la mort, elle n’avait pas voulu interrompre son travail. Les dix tuniques étaient à ses pieds ; elle achevait la onzième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant la populace se moquait d’elle et l’injuriait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Regardez donc comme elle marmotte, la sorcière ! Ce n’est pas un livre de prières qu’elle tient à la main ! Elle continue ses maléfices jusqu’au dernier moment. Arrachons-lui cette mauvaise étoffe pour la déchirer en mille morceaux ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mains brutales allaient saisir l’infortunée, lorsque parurent les onze cygnes blancs ; ils se placèrent autour d’elle ; sur la charrette, et agitèrent leurs grandes ailes. La foule recula effrayée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est un avertissement du ciel ; elle est sans doute innocente, » dirent quelques-uns tout bas ; mais personne n’osait répéter ces paroles à haute voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce moment le bourreau prit la main de la victime ; alors elle jeta promptement les onze tuniques sur les cygnes, et, à l’instant même, ils se changèrent en onze beaux princes. Le plus jeune avait encore une aile à la place d’un bras, une des manches de la tunique n’étant pas achevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je puis donc parler, s’écria l’heureuse sœur sachez que je suis innocente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le peuple, voyant ce qui se passait, s’inclina devant elle comme devant une sainte ; mais la reine, succombant à tant d’émotion, tomba évanouie dans les bras de ses frères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, elle est innocente ! » dit le frèra aîné, et il raconta toute la vérité. Pendant son récit, il se répandait un parfum pareil à celui de mille roses, car chacun des morceaux de bois qui formaient le bûcher avait pris tout à coup racine et se couvrait de feuilles et de fleurs. Le lieu du supplice s’était transformé en un épais bosquet de rosiers rouges, au-dessus desquels brillait une fleur blanche comme une étoile. Le roi cueillit cette fleur et la posa sur le cœur d’Élisa, qui revint à elle et qui montra sur sa figure l’expression de la paix et du bonheur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les cloches des églises se mirent en branle d’elles-mêmes ; les oiseaux accoururent en bandes joyeuses, et jamais roi n’eut un cortège comme celui qui ramena au château les deux jeunes époux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<updated>2014-11-05T13:47:45Z</updated>

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&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
book Contes d’Andersen Hans Christian Andersen David Soldi Bertall Librairie Hachette et Cie 1876 V Les Cygnes sauvages Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu/10 302-329  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LES CYGNES SAUVAGES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles lorsque l’hiver arrive chez nous, demeurait un roi qui avait onze fils et une fille appelée Élisa. Les onze frères, tous princes, allaient à l’école, la poitrine ornée d’une large décoration et l’épée au côté. Ils écrivaient avec des crayons de diamant sur des tablettes d’or, et ils savaient réciter par cœur d’une manière parfaite ; enfin tout chez eux annonçait qu’ils étaient des princes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sœur Élisa, assise sur un petit banc de cristal, s’amusait à regarder un livre d’images dont le prix égalait celui de la moitié du royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces enfants étaient bienheureux, mais ce bonheur ne devait pas durer toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur père, qui était roi de tout le pays, épousa en secondes noces une méchante reine qui n’avait guère à cœur le bonheur des enfants. Dès le premier jour ils s’en aperçurent. Il y avait fête au château ; les enfants jouaient et beaucoup d’étrangers affluaient ; mais au lieu de donner aux enfants comme à l’ordinaire, des gâteaux et des pommes rôties, elle leur fit servir du sable dans une tasse de thé, en disant qu’ils pouvaient faire comme si c’était quelque chose de bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La semaine suivante, elle envoya la petite Élisa à la campagne, chez des paysans ; et, quelque temps après, elle dit tant de vilaines choses au roi sur le compte des pauvres princes, qu’il ne s’inquiétait plus d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Envolez-vous par le monde, et tirez-vous d’affaires vous-mêmes, dit la méchante reine. Envolez-vous comme de grands oiseaux sans voix. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle ne put leur faire autant de mal qu’elle aurait voulu, car ils se changèrent en onze magnifiques cygnes sauvages. Ils poussèrent un cri bizarre et s’élevèrent au-dessus du parc et de la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, ils passèrent devant la maison où leur sœur Élisa était couchée et dormait dans la chambre du paysan. Ils planèrent sur le toit, tendirent leur long cou et battirent des ailes. Mais personne ne les entendit ni ne les aperçut. Puis ils regagnèrent les nuages, s’envolèrent par le monde, et ne s’arrêtèrent que dans une grande forêt sombre qui s’étendait jusqu’au bord de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvre petite Élisa jouait dans la chambre du paysan avec une feuille verte, car elle n’avait point d’autre joujou. Elle y fit un trou, et regarda au travers du côté du soleil. Elle crut apercevoir au loin les yeux brillants de ses frères ; et, chaque fois qu’elle sentait sur ses joues les rayons de l’astre éblouissant, c’était pour elle comme si ses frères la couvraient de baisers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi se passa un jour après l’autre. Si le vent agitait les grandes haies de roses plantées devant la maison, il leur soufflait : « Qu’y a-t-il au monde de plus joli que vous ? » Mais les roses secouaient la tête et répondaient : « La petite Élisa. » Le dimanche, lorsque la vieille était assise devant sa porte lisant son livre de prières, le vent tournait les feuilles et disait au livre : « Qui peut être plus pieux que vous ? » Le livre de prières répondait : « La petite Élisa ; » et lui, comme les roses, disait la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant atteint l’âge de quinze ans, Élisa retourna au château. La reine, voyant sa beauté, se mit fort en colère et conçut pour elle une haine terrible. Elle aurait bien voulu la changer, comme ses frères, en cygne sauvage ; mais elle ne l’osait pas encore ; car le roi avait grand désir de voir sa fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, la reine se rendit à la salle de bain, qui était construite de marbre, ornée de coussins moelleux et de tapis magnifiques. Là, elle prit trois crapauds, déposa un baiser sur chacun d’eux, et dit à l’un : « Place-toi sur la tête d’Élisa, lorsqu’elle viendra au bain, afin qu’elle devienne aussi stupide que toi. » – Place-toi sur son front dit-elle à l’autre, afin qu’elle devienne aussi laide que toi, et que son père ne puisse la reconnaître. &lt;br /&gt;
– Pose-toi sur son cœur, souffla-t-elle au troisième, et rends-la tellement méchante, qu’elle en ait beaucoup de tourment. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite elle jeta les crapauds dans l’eau claire, qui aussitôt devint verdâtre, appela Élisa, la déshabilla et l’y plongea.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’instant même un des crapauds se plaça sur ses cheveux, l’autre sur son front, et le troisième sur son cœur ; mais Élisa ne parut pas s’en apercevoir. Lorsqu’elle se leva, trois fleurs rouges de pavot apparurent à la surface de l’eau. Si les animaux n’avaient pas été venimeux et embrassés par la sorcière, c’est en roses gracieuses qu’ils eussent été changés. Ils étaient devenus fleurs en touchant la tête et le cœur de la jeune fille, car elle était trop pieuse et trop innocente pour que la magie pût exercer sur elle aucune influence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La méchante reine, voyant ses maléfices impuissants, se mit à frotter la jeune fille avec du jus de noix, ce qui lui rendit la peau toute noire. Puis elle enduisit son charmant visage d’un onguent fétide et embrouilla sa belle chevelure, de sorte qu’il était impossible de la reconnaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi son père, en la voyant, s’effraya et dit que ce n’était pas là sa fille. Il n’y avait personne qui la reconnût, excepté le chien de garde et les hirondelles ; mais que pouvaient dire en sa faveur ces pauvres animaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors Élisa pleura et pensa à ses onze frères qui tous étaient absents. Profondément affligée, elle s’échappa du château, traversa les champs et les marais, et s’enfonça dans une vaste forêt. Elle ne savait pas où elle voulait aller ; son unique désir était de retrouver ses frères, qui sans doute, comme elle, avaient été chassés dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit arriva bientôt. La jeune fille avait perdu son chemin ; épuisée de fatigue, elle se coucha sur le gazon moelleux, fit sa prière du soir et appuya sa tête sur un tronc d’arbre. Partout régnait un profond silence ; l’air était doux, et plus de cent vers luisants brillaient dans l’herbe et sur la mousse, comme de petits feux verdâtres. Elle toucha de sa main une branche, et ces insectes brillants tombèrent sur elle comme des étoiles filantes. Toute la nuit, Élisa rêva de ses frères, qu’elle voyait jouer comme des enfants, écrire avec leurs crayons de diamant sur des tablettes d’or et feuilleter le magnifique livre d’images qui valait la moitié du royaume. Mais, au lieu d’écrire sur les tablettes, comme autrefois, des zéros et des lignes, ils y traçaient maintenant les actions les plus courageuses, par lesquelles ils s’étaient distingués, et tout ce qu’ils avaient vu et éprouvé. Dans le livre d’images, tout était vivant : les oiseaux chantaient, et les personnages quittaient leur place pour venir parler à Élisa et à ses frères. Mais aussitôt qu’elle tournait la feuille, ils rentraient promptement dans leur cadre, pour qu’il n’y eût point de confusion dans les images.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se réveillant, Élisa remarqua que le soleil était levé depuis longtemps ; elle ne put néanmoins le voir, à cause des grands arbres qui étendaient leurs branches sur sa tête. Mais ses rayons les perçaient, semblables à une gaze d’or soulevée par le vent. La verdure répandit un parfum délicieux, et les oiseaux venaient se poser sur les épaules de la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait murmurer l’eau qui coulait de plusieurs grandes sources et se rendait dans un lac dont le fond était du sable le plus fin. Bien qu’entouré d’épaisses broussailles, ce lac était accessible par un endroit où les cerfs avaient pratiqué une large ouverture. C’est par cette ouverture qu’Élisa arriva au bord de cette eau, tellement limpide que, si le vent n’avait pas agité les branches et les buissons, elle les aurait crus peints au fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’elle aperçut sa propre figure si noire et si laide, elle recula d’horreur ; mais lorsqu’elle eut mouillé sa petite main et frotté ses yeux et son front, la blancheur de sa peau reparut aussitôt. Puis, quittant ses vêtements, elle se baigna dans l’eau fraîche. Jamais fille de roi n’avait été plus belle qu’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’étant rhabillée et ayant formé une tresse de ses longs cheveux, Élisa se rendit près d’une source jaillissante, but dans le creux de sa main, et s’enfonça dans la forêt, sans savoir où elle allait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle pensait à ses frères et au bon Dieu, qui certes ne l’abandonnerait pas, lui qui fait croître les pommiers sauvages pour satisfaire la faim de l’homme fugitif. Il lui fit découvrir un de ces arbres, dont les branches pliaient sous le poids de leurs fruits ; et elle s’y arrêta pour prendre son dîner. Puis elle pénétra dans la partie la plus sombre de la forêt. Là, le silence était si profond, qu’elle entendait le bruit de son pas léger, le froissement de chaque feuille sèche qui se rencontrait sous ses pieds. On ne voyait pas un seul oiseau, et pas un rayon de soleil ne pouvait pénétrer à travers les branches longues et épaisses. Les troncs des arbres se rapprochaient tellement, qu’en regardant devant elle, elle aurait pu se croire entourée d’une quantité de grilles formées par des poutres. C’était une solitude dont elle n’avait jamais eu l’idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit devint d’une profonde obscurité ; aucun petit ver luisant ne brillait plus sur la mousse ; la tristesse dans l’âme, Élisa se coucha et ne tarda pas à s’endormir. Pendant son sommeil, il lui sembla que les branches s’écartaient au-dessus d’elle, et que le bon Dieu, entouré de petits anges gracieux, jetait sur elle un regard doux et pénétrant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En s’éveillant, elle ne savait pas si tout cela était un rêve ou une réalité. Elle continua son chemin et rencontra une vieille femme portant un panier rempli de fruits, et qui lui en offrit quelques-uns. Élisa lui demanda si elle n’avait pas vu onze princes à cheval traverser la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Non, répondit la vieille : mais j’ai vu hier onze cygnes, avec des couronnes d’or sur la tête, nager dans un lac près d’ici. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle conduisit la jeune fille à une pente au pied de laquelle serpentait un ruisseau ; les bords étaient couverts de grands arbres qui entrelaçaient leurs branches et les laissaient pencher sur l’eau. Élisa dit adieu à la vieille, et chemina le long du ruisseau jusqu’à l’endroit où il se jetait dans un grand bassin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant la mer s’étendait dans toute sa magnificence devant les yeux de la jeune fille ; mais aucune voile, aucun bateau ne s’y faisait voir qui pût la porter plus loin. Elle regarda sur le rivage les innombrables petites pierres arrondies par l’eau. Le verre, le fer, les cailloux, tout avait reçu la même forme, quoique l’eau fût encore plus légère que la main délicate de la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ces petits objets roulent continuellement, disait-elle ; c’est ainsi que tout ce qui est dur devient poli. Moi aussi je serai infatigable. Merci de votre leçon, flots limpides et mobiles ; mon cœur me prédit qu’un jour vous me porterez auprès de mes frères chéris. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le goëmon rejeté par la mer, se trouvaient onze plumes de cygnes blancs arrosées de quelques gouttes d’eau ; était-ce de la rosée ou des larmes ? Nul ne pouvait le savoir. Élisa les ramassa et en fit un bouquet. Elle ne semblait pas s’apercevoir de la solitude du rivage ; car la mer, par ses variations perpétuelles, offrait en quelques heures un spectacle plus intéressant que celui de plusieurs lacs pendant toute une année. Chaque fois qu’apparaissait quelque grand nuage noir, la mer semblait dire : « Moi aussi, je peux prendre cet aspect. » Alors le vent agitait les flots, et ils se couvraient d’une blanche écume. Si, au contraire, les nuages étaient rouges et le vent calme, la mer ressemblait à une feuille de rose, elle devenait tantôt verte, tantôt blanche. Au milieu du plus grand calme, un léger mouvement se faisait cependant sentir au rivage, et l’eau s’y soulevait doucement, comme la poitrine d’un enfant endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au coucher du soleil, Élisa aperçut onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête, qui s’approchaient de la côte. Ils volaient l’un derrière l’autre comme un long ruban blanc. À cette vue, elle gravit la pente et se cacha derrière un buisson. Bientôt les cygnes se posèrent auprès d’elle en battant de leurs grandes ailes blanches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment où le soleil disparut derrière l’eau, le plumage des oiseaux tomba, et ils devinrent onze beaux princes, les frères d’Élisa. Elle poussa un cri en les reconnaissant ; elle se jeta dans leurs bras, en les appelant par leurs noms. Eux aussi furent bien heureux de retrouver leur petite sœur si grande et si embellie ; ils riaient et pleuraient tour à tour, et ils comprirent bientôt qu’ils étaient tous victimes de la méchanceté de leur belle-mère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous volons, dit l’aîné, sous l’apparence de cygnes sauvages, tant que le soleil brille dans le ciel ; mais, dès qu’il a disparu, nous reprenons la forme humaine. C’est pourquoi nous devons toujours au coucher du soleil chercher un point d’appui pour nos pieds ; car, en continuant à voler vers les nuages, nous retomberions comme des hommes dans l’abîme. Nous ne demeurons pas dans cet endroit ; nous habitons, au delà de la mer, un pays aussi beau que celui-ci, mais la route est bien longue ; pour y arriver il faut que nous traversions la vaste mer, sans trouver aucune île où nous puissions passer la nuit. Un seul rocher, étroit et solitaire, où nous tenons à peine, serrés les uns contre les autres, s’élève au milieu des flots. Lorsque la mer est grosse, nous sommes parfois couverts par les vagues ; et cependant nous remercions Dieu de cet asile. Là, nous passons la nuit sous forme humaine. C’est le seul moyen qui nous reste de revoir notre chère patrie, car il nous faut, pour faire notre traversée, les deux plus longs jours de l’année. Il ne nous est permis de visiter notre pays natal qu’une fois par an ; pendant onze jours nous pouvons rester ici, et alors nous nous élevons au-dessus de la grande forêt, d’où nous apercevons le château qui nous a vus naître, et où réside notre père, la haute tour de l’église où notre mère a été enterrée. Les arbres et les buissons semblent être nos parents ; les chevaux sauvages courent dans les prairies, comme du temps de notre enfance ; les charbonniers y entonnent encore les vieilles chansons que nous écoutions avec tant de plaisir ; enfin, c’est ici notre patrie, vers laquelle nous tendons toujours, et où nous venons de te retrouver, bonne petite sœur. Nous avons encore deux jours à rester ; puis il faudra partir pour un pays magnifique, mais qui n’est pas notre patrie. Comment t’emmener par delà la mer ? Nous n’avons ni vaisseau ni barque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Que pourrais-je faire pour vous sauver ? » dit la sœur. Et ils s’entretinrent presque toute la nuit sur les moyens d’accomplir leur délivrance, ne donnant que quelques heures au sommeil&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(...)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Les_Cygnes_sauvages&amp;diff=3718</id>
		<title>Les Cygnes sauvages</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Les_Cygnes_sauvages&amp;diff=3718"/>
		<updated>2014-11-05T13:45:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
book Contes d’Andersen Hans Christian Andersen David Soldi Bertall Librairie Hachette et Cie 1876 V Les Cygnes sauvages Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu/10 302-329  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LES CYGNES SAUVAGES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles lorsque l’hiver arrive chez nous, demeurait un roi qui avait onze fils et une fille appelée Élisa. Les onze frères, tous princes, allaient à l’école, la poitrine ornée d’une large décoration et l’épée au côté. Ils écrivaient avec des crayons de diamant sur des tablettes d’or, et ils savaient réciter par cœur d’une manière parfaite ; enfin tout chez eux annonçait qu’ils étaient des princes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sœur Élisa, assise sur un petit banc de cristal, s’amusait à regarder un livre d’images dont le prix égalait celui de la moitié du royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces enfants étaient bienheureux, mais ce bonheur ne devait pas durer toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur père, qui était roi de tout le pays, épousa en secondes noces une méchante reine qui n’avait guère à cœur le bonheur des enfants. Dès le premier jour ils s’en aperçurent. Il y avait fête au château ; les enfants jouaient et beaucoup d’étrangers affluaient ; mais au lieu de donner aux enfants comme à l’ordinaire, des gâteaux et des pommes rôties, elle leur fit servir du sable dans une tasse de thé, en disant qu’ils pouvaient faire comme si c’était quelque chose de bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La semaine suivante, elle envoya la petite Élisa à la campagne, chez des paysans ; et, quelque temps après, elle dit tant de vilaines choses au roi sur le compte des pauvres princes, qu’il ne s’inquiétait plus d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Envolez-vous par le monde, et tirez-vous d’affaires vous-mêmes, dit la méchante reine. Envolez-vous comme de grands oiseaux sans voix. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle ne put leur faire autant de mal qu’elle aurait voulu, car ils se changèrent en onze magnifiques cygnes sauvages. Ils poussèrent un cri bizarre et s’élevèrent au-dessus du parc et de la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, ils passèrent devant la maison où leur sœur Élisa était couchée et dormait dans la chambre du paysan. Ils planèrent sur le toit, tendirent leur long cou et battirent des ailes. Mais personne ne les entendit ni ne les aperçut. Puis ils regagnèrent les nuages, s’envolèrent par le monde, et ne s’arrêtèrent que dans une grande forêt sombre qui s’étendait jusqu’au bord de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvre petite Élisa jouait dans la chambre du paysan avec une feuille verte, car elle n’avait point d’autre joujou. Elle y fit un trou, et regarda au travers du côté du soleil. Elle crut apercevoir au loin les yeux brillants de ses frères ; et, chaque fois qu’elle sentait sur ses joues les rayons de l’astre éblouissant, c’était pour elle comme si ses frères la couvraient de baisers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi se passa un jour après l’autre. Si le vent agitait les grandes haies de roses plantées devant la maison, il leur soufflait : « Qu’y a-t-il au monde de plus joli que vous ? » Mais les roses secouaient la tête et répondaient : « La petite Élisa. » Le dimanche, lorsque la vieille était assise devant sa porte lisant son livre de prières, le vent tournait les feuilles et disait au livre : « Qui peut être plus pieux que vous ? » Le livre de prières répondait : « La petite Élisa ; » et lui, comme les roses, disait la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant atteint l’âge de quinze ans, Élisa retourna au château. La reine, voyant sa beauté, se mit fort en colère et conçut pour elle une haine terrible. Elle aurait bien voulu la changer, comme ses frères, en cygne sauvage ; mais elle ne l’osait pas encore ; car le roi avait grand désir de voir sa fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, la reine se rendit à la salle de bain, qui était construite de marbre, ornée de coussins moelleux et de tapis magnifiques. Là, elle prit trois crapauds, déposa un baiser sur chacun d’eux, et dit à l’un : « Place-toi sur la tête d’Élisa, lorsqu’elle viendra au bain, afin qu’elle devienne aussi stupide que toi. » – Place-toi sur son front dit-elle à l’autre, afin qu’elle devienne aussi laide que toi, et que son père ne puisse la reconnaître. &lt;br /&gt;
– Pose-toi sur son cœur, souffla-t-elle au troisième, et rends-la tellement méchante, qu’elle en ait beaucoup de tourment. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite elle jeta les crapauds dans l’eau claire, qui aussitôt devint verdâtre, appela Élisa, la déshabilla et l’y plongea.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’instant même un des crapauds se plaça sur ses cheveux, l’autre sur son front, et le troisième sur son cœur ; mais Élisa ne parut pas s’en apercevoir. Lorsqu’elle se leva, trois fleurs rouges de pavot apparurent à la surface de l’eau. Si les animaux n’avaient pas été venimeux et embrassés par la sorcière, c’est en roses gracieuses qu’ils eussent été changés. Ils étaient devenus fleurs en touchant la tête et le cœur de la jeune fille, car elle était trop pieuse et trop innocente pour que la magie pût exercer sur elle aucune influence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La méchante reine, voyant ses maléfices impuissants, se mit à frotter la jeune fille avec du jus de noix, ce qui lui rendit la peau toute noire. Puis elle enduisit son charmant visage d’un onguent fétide et embrouilla sa belle chevelure, de sorte qu’il était impossible de la reconnaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi son père, en la voyant, s’effraya et dit que ce n’était pas là sa fille. Il n’y avait personne qui la reconnût, excepté le chien de garde et les hirondelles ; mais que pouvaient dire en sa faveur ces pauvres animaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors Élisa pleura et pensa à ses onze frères qui tous étaient absents. Profondément affligée, elle s’échappa du château, traversa les champs et les marais, et s’enfonça dans une vaste forêt. Elle ne savait pas où elle voulait aller ; son unique désir était de retrouver ses frères, qui sans doute, comme elle, avaient été chassés dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit arriva bientôt. La jeune fille avait perdu son chemin ; épuisée de fatigue, elle se coucha sur le gazon moelleux, fit sa prière du soir et appuya sa tête sur un tronc d’arbre. Partout régnait un profond silence ; l’air était doux, et plus de cent vers luisants brillaient dans l’herbe et sur la mousse, comme de petits feux verdâtres. Elle toucha de sa main une branche, et ces insectes brillants tombèrent sur elle comme des étoiles filantes. Toute la nuit, Élisa rêva de ses frères, qu’elle voyait jouer comme des enfants, écrire avec leurs crayons de diamant sur des tablettes d’or et feuilleter le magnifique livre d’images qui valait la moitié du royaume. Mais, au lieu d’écrire sur les tablettes, comme autrefois, des zéros et des lignes, ils y traçaient maintenant les actions les plus courageuses, par lesquelles ils s’étaient distingués, et tout ce qu’ils avaient vu et éprouvé. Dans le livre d’images, tout était vivant : les oiseaux chantaient, et les personnages quittaient leur place pour venir parler à Élisa et à ses frères. Mais aussitôt qu’elle tournait la feuille, ils rentraient promptement dans leur cadre, pour qu’il n’y eût point de confusion dans les images.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se réveillant, Élisa remarqua que le soleil était levé depuis longtemps ; elle ne put néanmoins le voir, à cause des grands arbres qui étendaient leurs branches sur sa tête. Mais ses rayons les perçaient, semblables à une gaze d’or soulevée par le vent. La verdure répandit un parfum délicieux, et les oiseaux venaient se poser sur les épaules de la jeune fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait murmurer l’eau qui coulait de plusieurs grandes sources et se rendait dans un lac dont le fond était du sable le plus fin. Bien qu’entouré d’épaisses broussailles, ce lac était accessible par un endroit où les cerfs avaient pratiqué une large ouverture. C’est par cette ouverture qu’Élisa arriva au bord de cette eau, tellement limpide que, si le vent n’avait pas agité les branches et les buissons, elle les aurait crus peints au fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’elle aperçut sa propre figure si noire et si laide, elle recula d’horreur ; mais lorsqu’elle eut mouillé sa petite main et frotté ses yeux et son front, la blancheur de sa peau reparut aussitôt. Puis, quittant ses vêtements, elle se baigna dans l’eau fraîche. Jamais fille de roi n’avait été plus belle qu’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’étant rhabillée et ayant formé une tresse de ses longs cheveux, Élisa se rendit près d’une source jaillissante, but dans le creux de sa main, et s’enfonça dans la forêt, sans savoir où elle allait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(...)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<title>Les Cygnes sauvages</title>
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		<updated>2014-11-05T13:41:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : Page créée avec «  book Contes d’Andersen Hans Christian Andersen David Soldi Bertall Librairie Hachette et Cie 1876 V Les Cygnes sauvages Andersen - Contes d&amp;#039;Andersen, traduit par Soldi,... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
book Contes d’Andersen Hans Christian Andersen David Soldi Bertall Librairie Hachette et Cie 1876 V Les Cygnes sauvages Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu Andersen - Contes d&#039;Andersen, traduit par Soldi, Librairie Hachette et Cie, 1876.djvu/10 302-329  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LES CYGNES SAUVAGES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles lorsque l’hiver arrive chez nous, demeurait un roi qui avait onze fils et une fille appelée Élisa. Les onze frères, tous princes, allaient à l’école, la poitrine ornée d’une large décoration et l’épée au côté. Ils écrivaient avec des crayons de diamant sur des tablettes d’or, et ils savaient réciter par cœur d’une manière parfaite ; enfin tout chez eux annonçait qu’ils étaient des princes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sœur Élisa, assise sur un petit banc de cristal, s’amusait à regarder un livre d’images dont le prix égalait celui de la moitié du royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces enfants étaient bienheureux, mais ce bonheur ne devait pas durer toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur père, qui était roi de tout le pays, épousa en secondes noces une méchante reine qui n’avait guère à cœur le bonheur des enfants. Dès le premier jour ils s’en aperçurent. Il y avait fête au château ; les enfants jouaient et beaucoup d’étrangers affluaient ; mais au lieu de donner aux enfants comme à l’ordinaire, des gâteaux et des pommes rôties, elle leur fit servir du sable dans une tasse de thé, en disant qu’ils pouvaient faire comme si c’était quelque chose de bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La semaine suivante, elle envoya la petite Élisa à la campagne, chez des paysans ; et, quelque temps après, elle dit tant de vilaines choses au roi sur le compte des pauvres princes, qu’il ne s’inquiétait plus d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Envolez-vous par le monde, et tirez-vous d’affaires vous-mêmes, dit la méchante reine. Envolez-vous comme de grands oiseaux sans voix. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle ne put leur faire autant de mal qu’elle aurait voulu, car ils se changèrent en onze magnifiques cygnes sauvages. Ils poussèrent un cri bizarre et s’élevèrent au-dessus du parc et de la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, ils passèrent devant la maison où leur sœur Élisa était couchée et dormait dans la chambre du paysan. Ils planèrent sur le toit, tendirent leur long cou et battirent des ailes. Mais personne ne les entendit ni ne les aperçut. Puis ils regagnèrent les nuages, s’envolèrent par le monde, et ne s’arrêtèrent que dans une grande forêt sombre qui s’étendait jusqu’au bord de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pauvre petite Élisa jouait dans la chambre du paysan avec une feuille verte, car elle n’avait point d’autre joujou. Elle y fit un trou, et regarda au travers du côté du soleil. Elle crut apercevoir au loin les yeux brillants de ses frères ; et, chaque fois qu’elle sentait sur ses joues les rayons de l’astre éblouissant, c’était pour elle comme si ses frères la couvraient de baisers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi se passa un jour après l’autre. Si le vent agitait les grandes haies de roses plantées devant la maison, il leur soufflait : « Qu’y a-t-il au monde de plus joli que vous ? » Mais les roses secouaient la tête et répondaient : « La petite Élisa. » Le dimanche, lorsque la vieille était assise devant sa porte lisant son livre de prières, le vent tournait les feuilles et disait au livre : « Qui peut être plus pieux que vous ? » Le livre de prières répondait : « La petite Élisa ; » et lui, comme les roses, disait la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant atteint l’âge de quinze ans, Élisa retourna au château. La reine, voyant sa beauté, se mit fort en colère et conçut pour elle une haine terrible. Elle aurait bien voulu la changer, comme ses frères, en cygne sauvage ; mais elle ne l’osait pas encore ; car le roi avait grand désir de voir sa fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain matin, la reine se rendit à la salle de bain, qui était construite de marbre, ornée de coussins moelleux et de tapis magnifiques. Là, elle prit trois crapauds, déposa un baiser sur chacun d’eux, et dit à l’un : « Place-toi sur la tête d’Élisa, lorsqu’elle viendra au bain, afin qu’elle devienne aussi stupide que toi. » – Place-toi sur son front dit-elle à l’autre, afin qu’elle devienne aussi laide&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(...)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<title>La Fée du sureau</title>
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		<updated>2014-11-05T11:47:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
LA FEE DU SUREAU par Hans Christian Andersen&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait une fois un petit garçon enrhumé ; il avait eu les pieds mouillés. Où ça? Nul n&#039;aurait su le dire, le temps étant tout à fait au sec. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa mère le déshabilla, le mit au lit et apporta la bouilloire pour lui faire une bonne tasse de tisane de [[sureau]] cela réchauffe! Au même instant, la porte s&#039;ouvrit et le vieux monsieur si amusant qui habitait tout en haut de là maison entra. Il vivait tout seul n&#039;ayant ni femme ni enfants, mais il adorait tous les enfants et savait raconter tant de contes et d&#039;histoires pour leur faire plaisir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bois ta tisane, dit la mère, et peut-être monsieur te dira-t-il un conte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Si seulement j&#039;en connaissais un nouveau, dit le vieux monsieur en souriant doucement. Mais où donc le petit s&#039;est-il mouillé les pieds ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah ! ça, dit la mère, je me le demande... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Est-ce que vous me direz un conte ? demande le petit garçon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr, mais il faut d&#039;abord que je sache exactement la profondeur de l&#039;eau du caniveau de la petite rue que tu prends pour aller à l&#039;école. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- L&#039;eau monte juste à la moitié des tiges de mes bottes, si je passe à l&#039;endroit le plus profond. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Eh bien voilà où nous avons eu les pieds mouillés, dit le vieux monsieur. Je te dois un conte et je n&#039;en sais plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous pouvez en inventer un immédiatement. Maman dit que tout ce que vous regardez, vous pouvez en faire un conte et que de tout ce que vous touchez peut sortir une histoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais ces contes et des histoires ne valent rien. Les vrais doivent naître tout seuls et me frapper le front en disant : Me voilà! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Est-ce que ça va frapper bientôt ? demanda le petit garçon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La maman se mit à rire, elle jeta quelques feuilles de sureau dans la théière et versa l&#039;eau bouillante dessus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Racontez! racontez ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avec plaisir, si un conte venait tout seul, mais il est souvent capricieux et n&#039;arrive que lorsque ça lui chante. Stop ! s&#039;écria-t-il tout d&#039;un coup, en voilà un ! Attention, il est là sur la théière ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le petit garçon tourna les yeux vers la théière. Le couvercle se soulevait de plus en plus et des fleurs en jaillissaient, si fraîches et si blanches; de longues feuilles vertes sortaient même par le bec, cela devenait un ravissant buisson de sureau, tout un arbre bientôt qui envahissait le lit, en repoussant les rideaux. Que de fleurs, quel parfum ! et au milieu de l&#039;arbre une charmante vieille dame était assise. Elle portait une drôle de robe toute verte parsemée de grandes fleurs blanches; on ne voyait pas tout de suite si cette robe était faite d&#039;une étoffe ou de verdure et de fleurs vivantes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comment s&#039;appelle-t-elle, cette dame ? demanda le petit garçon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh! bien sûr, les Romains et les Grecs auraient dit que c&#039;était une [[dryade]], mais nous ne connaissons plus tout ça. Ici, à Nyboder, on l&#039;appelle &amp;quot;la fée du Sureau&amp;quot;. Regarde-la bien et écoute-moi... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a à Nyboder un arbre tout fleuri pareil à celui-ci; il a poussé dans le coin d&#039;une petite ferme très pauvre. Sous son ombrage, par une belle après-midi de soleil, deux bons vieux, un vieux marin et sa vieille épouse étaient assis. Arrière-grands-parents déjà, ils devaient bientôt célébrer leurs noces d&#039;or, mais ne savaient pas au juste à quelle date. La fée du Sureau, assise dans l&#039;arbre, avait l&#039;air de rire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- je connais bien, moi, la date des noces d&#039;or! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais eux ne l&#039;entendaient pas, ils parlaient des jours anciens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Te souviens-tu, disait le vieux marin, du temps que nous étions petits, nous courions et nous jouions justement dans cette même cour où nous sommes assis et nous piquions des baguettes dans la terre pour faire un jardin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr, je me rappelle, répondit sa femme. Nous arrosions ces branches taillées et l&#039;une d&#039;elles, une branche de sureau, prit racine, bourgeonna et devint par la suite le grand arbre sous lequel nous deux, vieux, sommes assis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, dit-il, et là, dans le coin, il y avait un grand baquet d&#039;eau, mon bateau, que j&#039;avais taillé moi-même, y naviguait! Mais bientôt, c&#039;est moi qui devais naviguer d&#039;une autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais d&#039;abord nous avions été à l&#039;école pour tâcher d&#039;apprendre un peu quelque chose ; puis ce fut notre confirmation, on pleurait tous les deux. L’après-midi, nous montions tout au haut de la Tour Ronde, la main dans la main, et nous regardions de là-haut le vaste monde, et Copenhague et la mer. Après, nous sommes allés à Frederiksberg, où le roi et la reine, dans leurs barques magnifiques, voguaient sur les canaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais je devais vraiment voguer tout autrement, et durant de longues années, et pour de grands voyages! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce que j&#039;ai pleuré à cause de toi ! dit-elle, je croyais que tu étais mort et noyé, tombé tout au fond de la mer. Souvent, la nuit, je me levais et regardais la girouette pour voir si elle tournait. Elle tournait tant et plus, mais toi tu n&#039;arrivais pas. je me souviens si bien de la pluie torrentielle qui tombait un jour. Le boueur devait passer devant la maison où je servais; je descendis avec la poubelle et restai à la porte. Quel temps! Et comme j&#039;attendais là, le facteur passa et me remit une lettre, une lettre de toi ! Ce qu&#039;elle avait voyagé ! Je me jetai dessus et commençai à lire, je riais, je pleurais, j&#039;étais si heureuse! Tu écrivais que tu étais dans les pays chauds où poussent les grains de café. Quel pays béni ce doit être ! Tu en racontais des choses, et je lisais tout ça debout, ma poubelle près de moi, tandis que la pluie tombait en tourbillons. Tout d&#039;un coup, derrière moi, quelqu&#039;un me prit par la taille... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et tu lui allongeas une bonne claque sur l&#039;oreille... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais je ne savais pas que c&#039;était toi! Tu étais arrivé en même temps que la lettre et tu étais si beau! ... Tu l&#039;es encore. Tu avais un grand mouchoir de soie jaune dans la poche et un suroît reluisant. Tu étais très élégant. Dieu, quel temps et comme la rue était sale ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ensuite nous nous sommes mariés, dit-il; tu te souviens quand nous avons eu le premier garçon, et puis Marie, et Niels et Peter et Hans Christian? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, tous grands et tous de braves gens que tout le monde aime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et leurs enfants, à leur tour, ont eu des petits ! dit le vieil homme, de solides gaillards aussi ! Il me semble que c&#039;est bien à cette époque-ci de l&#039;année que nous nous sommes mariés ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, c&#039;est justement aujourd&#039;hui le jour de vos noces d&#039;or, dit la fée du Sureau en passant sa tête entre eux deux. Ils crurent que c&#039;était la voisine qui les saluait, ils se regardaient, se tenant par la main. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu après arrivèrent les enfants et petits-enfants; ils savaient, eux, qu&#039;on fêtait les noces d&#039;or, ils avaient déjà le matin apporté leurs voeux. Les vieux l&#039;avaient oublié, alors qu&#039;ils se rappelaient si bien ce qui s&#039;était passé de longues années auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sureau embaumait, le soleil couchant illuminait les visages des vieux et les rendait tout rubiconds, le plus jeune des petits enfants dansait tout autour et criait, tout heureux que ce fût jour de fête, qu&#039;on allait manger des pommes de terre chaudes. La fée du Sureau souriait dans l&#039;arbre et criait &amp;quot;Bravo&amp;quot; avec les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais ce n&#039;est pas du tout un conte, dit le petit garçon qui écoutait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Tu dois t&#039;y connaître, dit celui qui racontait. Demandons un peu à notre fée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;était pas un conte, dit-elle, mais il va venir maintenant. De la réalité naît le plus merveilleux des contes, sans quoi mon délicieux buisson ne serait pas jailli de la théière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle prit le petit garçon dans ses bras contre sa poitrine. La verdure et les fleurs les enveloppant formaient autour d&#039;eux une tonnelle qui s&#039;envola avec eux à travers l&#039;espace. Voyage délicieux. La fée était devenue subitement une petite fille, en robe verte et blanche avec une grande fleur de sureau sur la poitrine, et sur ses blonds cheveux bouclés, une couronne. Ses yeux étaient si grands, si bleus! Quel plaisir de la regarder! Les deux enfants s&#039;embrassèrent, ils avaient le même âge et les mêmes goûts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La main dans la main, ils sortirent de la tonnelle et les voici dans leur jardin fleuri. Sur le frais gazon de la pelouse, la canne du père était restée; simple bois sec, elle était vivante pour les petits. Sitôt qu&#039;ils l&#039;enfourchèrent, le pommeau poli se transforma en une belle tête hennissante, la noire crinière voltigeait. Quatre pattes à la fois fines et fortes lui poussèrent, l&#039;animal était robuste et fougueux. Au galop, ils tournaient autour de la pelouse. Hue ! Hue ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous voilà partis, dit le petit garçon, à des lieues de chez nous, nous allons jusqu&#039;au château où nous étions l&#039;an passé. Et ils tournaient et tournaient autour de la pelouse, la petite fille, qui n&#039;était autre que la fée, s&#039;écriait: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous voici dans la campagne, vois-tu la maison du paysan avec le grand four qui a l&#039;air d&#039;un immense oeuf sur le mur du côté de la route, le sureau étend ses branches au-dessus et le coq gratte la terre pour les poules et se rengorge ! Nous voici à l&#039;église, elle est tout en haut de la côte, au milieu des grands chênes dont l&#039;un est presque mort. Et nous voici à la forge où brûle un grand feu, où des hommes à moitié nus tapent de leurs marteaux, faisant voler les étincelles de tous côtés. En route, en route vers le beau château ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce dont parlait la petite fille assise derrière, sur la canne, se déroulait devant eux; le garçon le voyait, et cependant ils ne tournaient qu&#039;autour de la pelouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite ils jouèrent dans l&#039;allée et dessinèrent un jardin sur le sol; la petite fille enleva une fleur de sureau de sa tête et la planta. Et cette fleur poussa exactement comme cela s&#039;était passé devant nos deux vieux de Nyboder, quand ils étaient Petits - comme nous l&#039;avons raconté tout à l&#039;heure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils marchèrent la main dans la main, comme les vieux étant enfants, mais ils ne montèrent pas sur la Tour Ronde et ne visitèrent pas le jardin de Frederiksberg, non, la petite fille tenait le garçon par la taille et ils volaient à travers le Danemark. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le printemps se déroula, puis l&#039;été, et l&#039;automne et l&#039;hiver; mille images se reflétaient dans les yeux du garçon et, dans son coeur, toujours la petite fille chantait: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Tu n&#039;oublieras jamais tout ça!&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sureau, tout au long du voyage embaumait si exquisément. Le garçon sentait bien les roses et la fraîcheur des hêtres, mais le parfum du sureau était bien plus ensorcelant car ses fleurs reposaient sur le coeur de la petite fille et dans la course la tête du garçon se tournait souvent vers elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme c&#039;est beau, ici, au printemps, dit la petite fille, tandis qu&#039;ils passaient dans la forêt de hêtres aux bourgeons nouvellement éclos; le muguet embaumait à leurs pieds et les anémones roses faisaient bel effet sur l&#039;herbe verte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah! si c&#039;était toujours le printemps dans l&#039;odorante forêt de hêtres danoise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme c&#039;est beau ici, en été, dit-elle, tandis qu&#039;à toute allure ils passaient devant les vieux châteaux du moyen âge, où les murs rouges et les pignons crénelés se reflétaient dans les fossés où les cygnes nageaient et levaient la tête vers les allées ombreuses et fraîches. Les blés ondulaient comme une mer dans la plaine, les fossés étaient pleins de fleurs rouges et jaunes et les haies de houblon sauvage et de liserons et le doux parfum des meules de foin flottait sur les prés. Le soir, la lune monta toute ronde dans le ciel. Cela ne s&#039;oublie jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme c&#039;est beau, ici, à l&#039;automne, dit la petite, et le ciel devint deux fois plus élevé et plus intensément bleu, les plus ravissantes couleurs de rouge, de jaune et de vert envahirent la forêt, les chiens de chasse galopaient à toute allure, des bandes d&#039;oiseaux sauvages s&#039;envolaient en criant au-dessus des tumulus où les ronces s&#039;accrochaient aux vieilles pierres, la mer était bleu-noir avec des voiliers blancs et dans la grange les femmes, les jeunes filles, les enfants égrenaient le sureau dans un grand récipient. Les jeunes chantaient des romances, les vieux racontaient des histoires de lutins et de sorciers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme c&#039;est beau, ici, l&#039;hiver! dit la petite fille. Tous les arbres couverts de givre semblaient de corail blanc. La neige crissait sous les pieds comme si l&#039;on avait des chaussures neuves, et les étoiles filantes tombaient du ciel l&#039;une après l&#039;autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la salle on allumait l&#039;arbre de Noël. C&#039;était l&#039;heure des cadeaux et de la bonne humeur; dans la campagne le violon chantait; chez les paysans les beignets de pommes sautaient dans la graisse et même les plus pauvres enfants disaient: &amp;quot;Que c&#039;est bon l&#039;hiver!&amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout était exquis quand la petite fille l&#039;expliquait au garçon. Toujours le sureau embaumait, et toujours flottait le drapeau rouge à la croix blanche, sous lequel le vieux marin de Nyboder avait navigué. Le garçon devenait un jeune homme; il devait partir dans le vaste monde, loin, loin, vers les pays chauds où pousse le café. Au moment de l&#039;adieu, la petite fille prit sur sa poitrine une fleur de sureau et la lui tendit afin qu&#039;il la garde entre les pages de son livre de psaumes, et, chaque fois que dans les pays étrangers il ouvrait son livre, c&#039;était juste à la place de la fleur du souvenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A mesure qu&#039;il la regardait, elle devenait de plus en plus fraîche, il lui semblait sentir le parfum des forêts danoises. Au milieu des pétales de la fleur, il voyait la petite fille aux clairs yeux bleus et elle lui murmurait: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Qu&#039;il fait bon au printemps, en été, en automne, en hiver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des centaines d&#039;images glissaient dans ses pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années passèrent. Il devint un vieil homme assis avec sa femme sous un arbre en fleurs, la tenant par la main comme les aïeux de Nyboder, et, comme eux, ils parlaient des jours anciens, des noces d&#039;or. La petite fée aux yeux bleus avec des fleurs dans les cheveux, était assise dans l&#039;arbre et les saluait de la tête, en disant: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est le jour de vos noces d&#039;or! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle prit deux fleurs de sa couronne y posa deux baisers, alors elles brillèrent d’abord comme de l&#039;argent, puis comme de l&#039;or, et, lorsqu&#039;elle les posa sur la tête des vieilles gens, chaque fleur devint une couronne. Tous deux étaient assis là, comme roi et reine, sous l&#039;arbre odorant qui avait bien l&#039;air d&#039;un sureau, et le mari raconta à sa vieille l&#039;histoire de la fée du Sureau comme on la lui avait contée quand il était un petit garçon et tous les deux trouvèrent qu&#039;elle ressemblait à leur propre histoire, les passages les plus semblables étaient ceux qui leur plaisaient le plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, c&#039;est ainsi, dit la fée dans l&#039;arbre, les uns m&#039;appellent fée, les autres dryade, mais mon vrai nom est &amp;quot;Souvenir&amp;quot;. Je suis assise dans l&#039;arbre qui pousse et qui repousse et je me souviens et je raconte! Fais-moi voir si tu as gardé mon cadeau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vieil homme ouvrit son livre de psaumes; la fleur de sureau était là, fraîche comme si on venait de l&#039;y déposer. Alors, &amp;quot;Souvenir&amp;quot; sourit. Les deux vieux avec leur couronne d&#039;or sur la tête, assis dans la lueur rouge du soleil couchant, fermèrent les yeux et! et! l&#039;histoire est finie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le petit garçon, dans son lit, ne savait pas s&#039;il avait dormi ou s&#039;il avait entendu un conte. La théière était là, sur la table, mais aucun sureau n&#039;en jaillissait, et le vieux monsieur qui avait raconté l&#039;histoire, allait justement s&#039;en aller. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme c&#039;était joli, maman, dit le petit garçon. J&#039;ai été dans les pays chauds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, ça, je veux bien le croire, dit la mère, quand on a dans le corps deux tasses de tisane de sureau brûlante, on doit bien se sentir dans les pays chauds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle remonta bien les couvertures pour qu&#039;il ne se refroidisse plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Tu as sûrement dormi pendant que je me disputais avec le monsieur pour savoir si c&#039;était un conte ou une histoire! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Où est la fée du Sureau? demanda l&#039;enfant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Elle est là, sur la théière, dit la mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Eh bien, qu&#039;elle y reste.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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	<entry>
		<id>https://wiccapedia.la-ligue-wiccane-eclectique.fr/index.php?title=Grenouille&amp;diff=3715</id>
		<title>Grenouille</title>
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		<updated>2014-11-05T11:30:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : Page créée avec « Animal présent dans de nombreux contes et légendes.     ==Bibliographie==  *Contes de grenouilles, Muriel Bloch, illustrations de Géraldine Kosiak, Albin Michel Jeuness... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Animal présent dans de nombreux contes et légendes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Bibliographie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Contes de grenouilles, Muriel Bloch, illustrations de Géraldine Kosiak, Albin Michel Jeunesse, 2011.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>80.82.231.130</name></author>
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		<title>Samhain</title>
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		<updated>2014-10-27T16:22:49Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;80.82.231.130 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Portail:Roue de l&#039;année]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Variantes : [[Samain]], Shamain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est l&#039;un des [[sabbat]]s wiccans, célébré dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il correspond à la célébration de Samonios, terme attesté par le calendrier gaulois de Coligny, ou Trinoxtion Samoni, dans la tradition druidique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s&#039;agissait initialement d&#039;une ancienne fête saisonnière celtique, marquant la fin de la saison claire, et l&#039;entrée dans la saison sombre. Samhain était le Nouvel An celtique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Samhuin&#039;&#039; signifiait &amp;quot;affaiblissement de l&#039;été, mort de l&#039;été&amp;quot; en gaëlique d&#039;Irlande. Samhain est encore aujourd&#039;hui le nom du mois de novembre en irlandais moderne.&amp;lt;ref&amp;gt;d&#039;après C.-J. Guyonvarc&#039;h&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seuil entre l&#039;ancienne et la nouvelle année, Samhain est un moment particulier, hors du temps, où le monde visible et le monde invisible communiquent.&lt;br /&gt;
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==Articles connexes==&lt;br /&gt;
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[[Rituels de Samhain]]&lt;br /&gt;
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[[Traditions de Samhain]]&lt;br /&gt;
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[[Recettes de Samhain]]&lt;br /&gt;
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[[Symboles de Samhain]]&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
==Sources==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
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